Les sentiers de la Parole

Chemins parcourus par les brebis en recherche de nourriture à travers la montagne. 

Salut ! Bienvenue pour marcher à mes côtés sur les sentiers de la Parole de Dieu. Je te propose chaque semaine, au rythme de la liturgie, une réflexion à partir des lectures du dimanche. 

 

Abbé Andrea De Vico

Adepte de trekking, en montagne et ... dans  l'âme!

 


LES FILS DIFFÉRENTS

Année A - XXVI Ordinaire (Mt 21, 28-32)                                                                              Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

par Andrea De Vico, prêtre                                                          

correction française: Nicolas Donzé, toxicologue;

Anne Mayoraz, éducatrice     

 

          

      “Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit: ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne’. Celui-ci répondit: ‘Je ne veux pas’. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second …”

       

      Le succès de la prédication de Jésus soulève une énorme controverse. Alors que les collecteurs d’impôts, les prostituées et les pécheurs se mettent à l’écoute - il mange et il boit avec eux - les scribes et les pharisiens, les prêtres et les anciens sont scandalisés: quel genre de prophète est-il, avec toutes ses mauvaises fréquentations? Pour justifier ses amitiés douteuses, Jésus poursuit la contre-attaque avec une parabole: “Un homme avait deux fils …” 

     

      Chaque fois que Jésus parle de Dieu, il utilise la seule métaphore autorisée par la religion biblique: un être humain. Le royaume des cieux est comme un homme qui a planté une vigne ... comme un père de famille ... comme un marchand ... comme un chercheur de perles ... comme une femme au foyer ... Les Juifs avaient développé le concept du mystère de Dieu, de sa présence mystérieuse. Il s’agit d’un Dieu caché: personne ne peut dire qui il est, où il est, et ce qu’il fait, contrairement aux autres divinités de l’Antiquité qui résidaient au sommet des montagnes, dans les temples ou dans les bois. Dieu ne peut être contenu dans un objet, une image, une statue, un arbre, un lieu, une montagne? Peut-on d’ailleurs prétendre prouver son existence avec des lentilles optiques, dans l’infiniment grand de l’univers ou dans l’infiniment petit des particules subatomiques? Non: l’ancien commandement ne permet aucune figuration de Dieu, aucune image, aucune sculpture, aucune idole, aucune philosophie, aucun concept, aucune connaissance scientifique, même son nom doit rester imprononçable. Et nous  nous appliquons à construire de nombreuses théories sur lui, en perdant le sens de sa présence!

 

      Pourquoi interdire de représenter Dieu en images? Quel est le signe qui convient pour le révéler? Il est simple de répondre à la question, car un être qui le représente est déjà là: l’homme. Si tu veux avoir une idée de Dieu, tu dois regarder sa meilleure œuvre: l’homme, fait à son image et à sa ressemblance. Ce n’est pas qu’il y ait une identification entre Dieu et l’homme: c’est encore une métaphore, un terme de comparaison: là où il y a humanité réalisée, il y a Dieu, là où il n’y a pas d’humanité, il peut aussi y avoir la bête ou le diable. À la fin de la modernité, on constate que les sur-hommes n’existent pas, les super-bêtes, oui.

 

      Ainsi, dans la parabole des fils différents, voici un père de famille qui demande au premier enfant de reprendre son travail à la vigne. Un signe qui marque la confiance du père. En effet, il lui confie quelque chose de très cher et de précieux, voyant en lui la compétence et la capacité de parvenir à un résultat. Mais il semble que ce fils ne saisit pas la finesse et, se considérant déjà adulte, ne voulant pas faire la figure du jeune garçon qui dépend encore de son père, il refuse de partir, mais change d’avis un peu plus tard. Pendant ce temps, le père transmet l’ordre à l’autre fils qui répond rapidement: oui seigneur, mais qui se laisse ensuite  distraire par une joyeuse compagnie d’amis oisifs rencontrés dans la rue. 

 

      Il se passe quelque chose dans le cœur des deux garçons, quelque chose qui ne correspond pas aux déclarations extérieures: l’obéissance substantielle du premier, et l’obéissance uniquement formelle du second. Le premier fils, un bon garçon qui s’est tout d’abord révolté, mais s’est ensuite repenti d’avoir déçu son père, se rend au vignoble sans rien dire et y travaille toute la journée. Puis, il rentre chez lui satisfait et la paix au cœur, car il a accompli son devoir. Le second, en revanche, un menteur et un lâche - il a quitté la maison pour aller travailler, mais ensuite il a séché le cours - s’est perdu à errer dans la ville. 

 

      Le soir, tous les deux reviennent. Le premier est sale et ébouriffé, mais avec un cœur heureux et un salut sincère. L’autre, en revanche, a l’apparence fatiguée de la personne oisive, l’habit en bon ordre et le salut incertain donné à son père, de peur d’être découvert. En fait, le père les compare, et d’un coup d’œil il comprend comment ils ont passé la journée. Ces enfants sont tous deux incohérents. L’incohérence du premier est compréhensible, de type adolescent: dire non, puis le regretter et accepter la consigne. La seconde est une incohérence traîtresse: dire oui avec des mots, puis faire l’inverse.

 

      Pour répondre à la controverse de ses adversaires, Jésus applique cette parabole à l’histoire du Baptiste: “Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru en sa parole; mais les publicains et les prostituées y ont cru”.  En effet, les pécheurs et les prostituées se sont convertis, les prêtres et les anciens, non! Jean, d’une part a reçu un accueil, et d’autre part a essuyé un refus,  tout comme l’homme de la parabole!

 

      Et cela ne s’arrête pas là: toujours en vertu de la même parabole, Jésus dit que Dieu n’apprécie pas celui qui au Temple dit: “Seigneur! Seigneur!”, se battant la poitrine sans un véritable repentir, observant les rites pieux pour se sentir bien en lui-même, puis, étant sorti, il ouvre la bouche et il parle des autres de façon déplacée. En fait, les religieux sont les sujets les plus difficiles à convertir, alors que toute cette basse-cour, ignorante et mal élevée, si loin de la volonté de Dieu, quand elle la rencontre, est la première à l’accueillir avec joie. Alors ils précèderont beaucoup d’autres gens qui estiment être les grands, les maîtres, les saints! Les premiers qui entreront en dernier, et les derniers en premier!

     

      Quant aux prostituées, il n’y a pas de texte évangélique plus mal compris que celui-ci. Dans la culture villageoise, il est dit que Jésus a également béni la prostituée, un malentendu qui a fourni un laissez-passer improbable pour des hommes maladroits. De même, dans la haute culture, une sorte d’ aura évangélique s’est créée autour de la figure de la prostituée, idéalisée et opposée à celle de l’hypocrite bien-pensant. La littérature et le cinéma regorgent de braves prostituées, comme La Traviata de Giuseppe Verdi, ou la Sonia du Crime et Châtiment de Dostojevski, ou la Pretty Woman américaine. En réalité, le marché de la prostitution se nourrit de fantasmes, de pensées et de regards, mais ce n’est pas ça qui provoque l’indignation de Jésus. La prostitution et les prêts usuraires construisent un monde triste, minable et dégradant, qui réduit l’être humain à un esclave, à une chose. Il n’est donc pas possible d’idéaliser la figure de l’usurier ou de la prostituée!

      

      Une fille qui se tient derrière une caméra ou une webcam avec un air d’innocence étudiée, pour vendre son image, se jette dans la convoitise des autres, justifiant le fait qu’il ne s’agit que d’ une image. En réalité, l’image appartient à la personne, comme le corps, sinon il n’y aurait pas non plus de droit à l’image. Celui qui vend son image, y attache inévitablement aussi sa personne, il s’agit proprement d’une prostitution, même si elle n’est pas physiquement consommée. D’ailleurs, qui se déshabille gratuitement dans le monde du porno?

 

      De l’autre côté, l’utilisateur de l’image est comme un idolâtre qui observe son fétiche et introduit en lui un principe de dégénérescence: son cœur devient pierre, bois, encre, pâte numérique. Le résultat est une diminution de l’humanité. 

 

      Ce que Jésus bénit n’est pas la prostituée, mais la prostituée convertie en cœur et en vie. Ce qui dans le contexte de la parabole provoque l’indignation de Jésus, ce ne sont pas les usuriers ni les prostituées qui dans le royaume passent en avant, mais des notables et des prêtres qui restent en arrière!

 

      Amen

Télécharger
Télécharger le fichier en Pdf
A-Ord-26 - LesFilsDifférents.pdf
Document Adobe Acrobat 75.6 KB

LA PARABOLE SYNDICALE

Année A - XXV Ordinaire (Mt 20, 1-16)                                                                                 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

par Andrea De Vico, prêtre                                                          

correction française: Nicolas Donzé, toxicologue;

Anne Mayoraz, éducatrice     

 

 

      “Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne ... Sorti vers neuf heures ... Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures ... Vers cinq heures, il sortit encore ... ”

      

      Origène lit cette parabole du généreux maître comme une allégorie des différents âges de la vie dans lesquels les gens accueillent la Foi. Il y a ceux qui se convertissent tôt le matin, certains dans leur jeunesse, certains en pleine maturité, et certains à la dernière heure, celui de la vieillesse (Comm. Dans Matthieu, XV 36). Mais toutes les allégories sont susceptibles d’ambiguïté: comme un pantalon mal confectionné, elles s’adaptent bien à une jambe, mais elles font boîter l’autre.

 

      En fait, ce type d’explication a fourni aux personnes négligentes l’alibi de dernière minute: si je reconnais mes péchés avant de mourir, j’irai au paradis. Alors les travailleurs qui protestent ont raison: il est inutile de commencer à travailler tôt le matin, avant les autres. Si la récompense pour ceux qui servent Dieu  toute leur vie est la même que pour ceux qui arrivent au dernier moment, si à la fin il y a une amnistie générale, il vaut mieux s’amuser le plus possible et  travailler encore moins!

 

      En fait, à ce texte nous pouvons également donner le titre de parabole syndicale. Il y a des travailleurs qui protestent non pas parce qu’ils ont reçu moins que convenu, mais parce que d’autres ont reçu plus. Le travail était urgent, il était nécessaire de terminer la récolte avant l’arrivée des pluies, tous ces travailleurs ont été inscrits aux différentes heures de la journée. Le millésime est prévu excellent, les yeux du propriétaire sont pleins de satisfaction, il faut se dépêcher, il faut embaucher le plus de travailleurs possibles, même si on les trouve le dernier quart de journée. En effet, à l’époque, la journée était divisée en quatre quadrants: première heure, troisième heure, sixième heure et neuvième heure.

 

      Le soir, voici la surprise: tout le monde reçoit le même salaire, soit un denier. Ceux de la première heure se révoltent. Selon eux, une grande injustice a été commise: ils ont travaillé depuis le matin, les autres depuis seulement une heure; ils ont enduré la chaleur de la journée, pendant que les autres étaient au frais. Cela semble violer le principe de la juste récompense : juste ce qu’il faut pour organiser une manifestation. Il y a un caporal qui crie plus que tous, au nom de tous les autres, il est si indigné qu’il néglige d’appeler le maître par son nom. En réponse, ce dernier l’humilie précisément au niveau de la justice, lui rappelant ce qui a été convenu, lui donnant ironiquement un titre d’ami

 

      En effet, pourquoi donner à tout le monde le même salaire? Le maître est-il injuste, arbitraire, capricieux, prodigue insensé? Bien sûr, la récolte a été abondante et les attentes du propriétaire ont été satisfaites, au point qu’il peut même se permettre de payer le dernier autant que le premier. Encore plus inattendue est la conclusion de Jésus: “Les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers”. Qu’est-ce que cela signifie?

 

      L’histoire présente deux sommets narratifs: le recrutement des travailleurs avec la disposition finale magnanime de leur paiement, et l’indignation de ceux qui se considèrent lésés par le comportement final du patron. L’accent est mis sur le deuxième axe: c’est là que l’intention du narrateur veut arriver. 

 

      En fait, Jésus, dans son histoire, a tendance à identifier et à blâmer l’attitude de ceux qui ont un mauvais regard, parce que Dieu est bon. Ce sont les pharisiens habituels, ses ennemis jurés, qui entrent souvent en polémique avec lui, à cause du succès de sa prédication. Jaloux de leurs privilèges, ils restent loin des pécheurs qui constituaient alors une véritable classe sociale, composée de personnes exerçant des métiers impurs ou déshonorants, tels que: collecteurs d’impôts, bergers, âniers, vendeurs ambulants, tanneurs, prostituées et escrocs. Selon les pharisiens, ces métiers conduisaient à la malhonnêteté et à l’immoralité, les pécheurs qui les exerçaient étant privés de leurs droits civils et religieux (accès aux postes importants, aux tribunaux, aux synagogues ...)

     

      Avec cette parabole, Jésus veut montrer aux pharisiens combien haineuses et injustifiées sont leurs critiques de la prédication d’un royaume de Dieu qui accueille également les pécheurs. Attention: il ne s’agit pas de pécheurs au sens moral, tel que nous le comprenons, mais de pécheurs en tant que catégorie sociale: larrons, mendiants, gens en échec, racailles des prison, étrangers, gens ordinaires, rejetés ... Une foule de gens qui en fait, comme le dit Jésus, passeront un jour, devant ceux qui se croient aujourd’hui les premiers dans la société.

      

      Cet unique denier qui est offert à tous en fin de journée est le royaume de Dieu. Jésus signifie que Dieu est fait ainsi: il se comporte comme un maître généreux et bon, qui ne regarde pas le mérite, mais le besoin de la personne. Le but du récit n’est pas le paiement du travail, mais l’appel à faire partie de ce Royaume. Dieu n’est pas un comptable qui prend note de tout, même si on aime à le penser, pour se sentir plus important que les autres. C’est un Dieu qui se comporte comme un maître heureux et généreux au moment de la récolte: il y en a pour tous!

 

      L’attitude intérieure des pharisiens se répète aujourd’hui chez ceux qui pensent en termes de: nous et les autres. Chez ceux qui sont attristés par le bonheur des autres, pensant que quelque chose leur a été enlevé. Chez ceux qui ne supportent pas les autres lorsqu’ils font du bien ou lorsqu’ils s’aiment. Chez ceux qui ne pardonnent pas aux autres leur intelligence, leur beauté, leur jeunesse. Chez ceux qui murmurent contre Dieu à cause de la grâce qu’il offre au dernier de la classe. Chez ceux qui voudraient qu’un Dieu soit comptable. Chez ceux qui vont espionner les doigts de Dieu pour compter combien de faveurs il accorde aux uns et aux autres.

      

      Cette parabole syndicale n’est donc pas une petite fable moralisatrice, comme celle d’Esope, Le renard et le raisin; ce n’est même pas l’allégorie d’une promesse eschatologique facile qui justifie le désengagement de ceux qui veulent faire les malins et travailler moins. Cette parabole est le tournant entre deux mondes: entre la Loi et l’Évangile, entre le mérite et le don, entre l’éthique et la grâce, entre le dieu laïc (Mammon, le Marché) et le Dieu de Jésus-Christ. À tel point que les détenteurs de l’ancien monde, les pharisiens, les premiers, les hauts gradés, ceux qui se sentent membres d’une caste, d’un lobby, d’un club VIP ou d’une nation privilégiée, ont réagi avec férocité.

 

      Quant à l’histoire de la conversion opérée au dernier moment, cet escamotage aurait pu bien fonctionner en période de peste, quand le matin tu étais en bonne forme et le soir tu te retrouvais en train de mourir. En temps normal, la conversion doit être faite maintenant que tu te portes bien, parce que si tu ne te convertis pas maintenant, tu ne le feras pas même à l’heure de ta mort. Il n’y a pas de syndicat au paradis!

       

      Amen

Télécharger
Télécharger le fichier en Pdf
A-Ord-25 - LaParaboleSyndacale.pdf
Document Adobe Acrobat 71.1 KB

SOIXANTE-DIX FOIS SEPT FOIS

Année A - XIV  Ordinaire (Mt 18, 21-35)                                                                                 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

par Andrea De Vico, prêtre                                                          

correction française: Nicolas Donzé, toxicologue;

Anne Mayoraz, éducatrice   

 

 

      “ ‘Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu’à sept fois?’ Jésus lui répondit: ‘Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes …’ ”

      

      Dans l’histoire des relations personnelles, les offenses reçues représentent le plus tragique des chapitres. Nous parlons souvent de ce que d’autres nous ont fait, mais nous sommes moins disposés à reconnaître ce que nous-mêmes avons causé à d’autres. Nous sommes sensibles à ce que les autres nous font, mais nous accordons beaucoup moins d’attention à ce que nous faisons aux autres. Habituellement, personne n’est disposé à reconnaître l’offense commise.

 

      Lorsque nous regardons les fautes des autres, nous prenons une position de juge externe. Par exemple, je vois un automobiliste sortir avec arrogance d’une rue latérale pour s’engager dans la rue principale, et mon jugement facile dit: criminel, enlevez-lui son permis! Je vois le défaut dans toute sa gravité, et justement je m’en indigne, il y a les lois, les juges, les procédures ... Si au contraire je pense que cet automobiliste imprudent aurait pu être moi et que la police manifeste l’intention de retirer mon permis, je me vois dans une mauvaise situation et je leur demande de me comprendre: j’ai été distrait, j’étais pressé, je serai plus prudent ... Si je sors des ennuis, je me sens heureux et satisfait. Alors, quand je juge, je dois essayer de me mettre à la place de la personne que je juge!

 

      Une question se pose donc: dans quelle mesure dois-je tolérer un tort? Le Chant de Lamech est un fragment de poésie inséré dans l’histoire de la Genèse: “Pour une blessure, j’ai tué un homme; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois” (Gn 4, 23-24). La loi antédiluvienne de la violence, c’est-à-dire l’éclatement de la vengeance, n’admet pas de pardon. L’indemnisation pour vengeance s’élève à soixante-dix-sept fois le tort subi.

 

      Avec l’histoire de Caïn et Abel, la coexistence entre frères a immédiatement révélé une fragilité structurelle. L’histoire des descendants de Caïn montre comment la violence initiale peut se magnifier hors de toute proportion, jusqu’à soixante-dix-sept fois, malgré les progrès culturels, artistiques et technologiques. Si Caïn frappe son frère pour une raison religieuse (Dieu aime les sacrifices d’Abel plus que les siens), Lamech le fait pour une simple égratignure. Si Caïn pleure sa culpabilité, Lamech est fier de ses prouesses vengeresses: plus il agit avec violence, plus il en est heureux. Si Caïn invoque l’atténuation de la punition de Dieu, Lamech confie sa sécurité à l’arrogance des guerriers. Si le meurtre de Caïn autorise une vengeance égale à sept fois le sang versé, une petite blessure de Lamech provoquera une vengeance soixante-dix-sept fois.

 

      On peut dire que la Loi de Lamech est la même loi pratiquée aujourd’hui par les membres de la mafia, compte tenu de ce qu’ils font. Le progrès culturel, artistique et technologique ne garantit pas à lui seul la maîtrise de la violence exprimée, par exemple, dans la course aux armements ou dans les relations quotidiennes. Nous sommes très intelligents pour affûter les armes, mais extrêmement stupides pour les utiliser.

 

      Certains textes bibliques, pour contenir la violence inhérente à l’être humain, imposent le pardon jusqu’à trois fois (cf. Gn 50, 17; Am 2, 4; Gb 33, 29). La même loi de représailles, exprimée dans le fameux œil pour œil, dent pour dent, constitue un progrès civil de la coexistence humaine.  Si tu m’as arraché un œil, je n’ai pas le droit de te tuer, mais je dois juste t’aveugler d’un œil comme tu l’as fait pour moi. Il serait intéressant que les membres de la mafia respectent la loi du talion, il y aurait beaucoup plus de justice, même entre eux.

 

      Au temps de Jésus, les pharisiens en ont fait une question de précision légaliste: combien de fois dois-je pardonner? Jésus répond en inversant la perspective de la vengeance: si Lamech s’énervait jusqu’à soixante-dix-sept fois par rapport à la quantité du tort subi, la réponse du pardon doit être similaire, voir même plus: soixante-dix fois sept fois. En d’autres termes: pour être un vrai pardon, la force du pardon doit être inversément proportionnelle aux sentiments de la violence vindicative.

     

      Le pardon est une chose sérieuse, difficile, parfois impossible, mais Jésus fournit une bonne raison de le pratiquer, grâce à un exemple invraisemblable mais clair: un serviteur qui devait au roi la somme astronomique de dix mille talents, mais qui parvient à se faire pardonner en faisant une scène et en déclarant sa bonne volonté. Le roi prend la situation à cœur et il le laisse partir. Après son amnistie, fort d’une liberté retrouvée, ce serviteur attrape un subordonné et le traite durement, pour récupérer la misérable somme de cent deniers, une chose minimale, comme l’égratignure de Lamech. Son besoin implacable ne connaît aucune attente, aucune tolérance! Une énorme dette a été remise, mais lui-même est incapable de se passer de quatre sous. Le roi avait eu pitié de lui, mais maintenant c’est à son tour d’agir comme un tyran offensé, ce qui n’est pas la fin attendue.

 

      La morale de l’histoire: ceux qui refusent de pardonner, ou cherchent des excuses pour ne pas pardonner à ceux qui demandent pardon, vivront la même fin que celle qu’ils souhaitent aux autres. En fait, la parabole montre que nous ne pouvons pas nous abstenir de pardonner, quand nous avons nous-mêmes de plus grandes choses à nous faire pardonner!

 

      Il y a deux mouvements que nous devons apprendre à redécouvrir: je te demande pardon, je te pardonne. Jamais à sens unique: le pardon doit être demandé et offert. Soyons des gens qui savent demander pardon et offrir le pardon.

      

Le contraire du pardon est la rancune, un sentiment qui avec le temps devient comme un mur de trois mètres d’épaisseur et qui, en relation avec les autres et avec Dieu, me fera finalement me sentir perdu moi-même. D’un autre côté, il y a des personnes qui voudraient pardonner, mais qui n’y arrivent pas. Elles voudraient oublier, mais c’est impossible à cause du poids du passé, des fantômes des événements anciens.

 

      Le ressentiment est une chose humaine, mais pour le Seigneur, peu importe ce que tu ressens, c’est ce que tu veux qui lui importe. Si tu veux pardonner, si tu veux le faire, tu as déjà pardonné. En fait, dans l’expérience mystique, le désir d’aimer le Seigneur est déjà l’amour!

     

      Amen

Télécharger
Fichier à télécharger en Pdf
A-Ord-24 - Soixante-DixFoisSeptFois.pdf
Document Adobe Acrobat 78.1 KB

LA CORRECTION FRATERNELLE

Année A - XXIII  Ordinaire (Mt 18, 15-20)                                                                              Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

par Andrea De Vico, prêtre                                                          

correction française: Nicolas Donzé, toxicologue;

Anne Mayoraz, éducatrice     

 

 

      “Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant: ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang” (Ez 33, 7-9)      

 

      “Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère” 

      

      Dans l’histoire d’Ézéchiel, nous constatons que Dieu envoie des sentinelles spéciales, les prophètes, avec la tâche de rapporter au peuple sa parole, de guetter et de dénoncer la corruption des coutumes et le manque de justice: tu les avertiras de ma part ... Le but de la mission prophétique est de reprendre un peuple qui s’est consciemment livré à une conduite perverse, jetant les bases de sa ruine. “Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive”. C’est le plan du salut. L’Évangile reprend plus ou moins le même concept. La responsabilité de la sentinelle ne se limite pas aux temps prophétiques, mais s’étend à chacun de nous, responsable direct de la conduite de l’autre. Personne ne peut se sentir dispensé par rapport à l’autre. Nous sommes tous connectés: tu appuies sur un bouton à Londres et les lumières s’allument à Sydney, tu cliques à New York et une tempête sur les marchés sud-africains éclate. Le poète dit: tu touches une fleur, les étoiles tremblent. Chacun de nous, pour différentes raisons, est sentinelle de la conscience de l’autre, gardien de l’intérêt de son frère.

 

      Le meilleur instrument pour servir les intérêts de l’autre est celui de la correction fraternelle. Jésus avance cinq hypothèses: si ton frère a commis, s’il t’écoute, s’il ne t’écoute pas, s’il refuse de les écouter, s’il refuse encore d’écouter la communauté … Toute piste doit être tentée. Le but de la correction est de gagner le frère, de s’assurer qu’il retrouve son chemin. Aucune arrogance, donc aucune force ne doit être utilisée envers le frère qui fait des erreurs. Les mots doivent être légers comme des plumes et porter un parfum de fraternité. La vigilance de la sentinelle ne blâme pas les torts comme le Jiminy Cricket de Pinocchio avec un désagréable: je te l’avais dit! Si je commence à discuter ainsi avec mon frère, il défendra son erreur, et je lui aurai rendu un mauvais service. Au lieu de le corriger, je l’aurai rendu pire. Ce n’est que lorsque toutes les tentatives ont échoué que Jésus nous autorise à traiter notre frère comme un étranger.

  

      Entre autres choses, la correction fraternelle présuppose la rare qualité de la maturité intérieure: seuls ceux qui sont disponibles pour être corrigés pourront corriger les autres. Par conséquent, non seulement le devoir de corriger, mais aussi celui de se faire corriger. Mais qui établit ce qui est bien et ce qui est mal? Les gens d’aujourd’hui ont construit un ego si majestueux et sont devenus si sensibles qu’on ne peut plus rien leur dire. La moindre observation devient une atteinte à l’estime de soi, elle est déstabilisante, irritante. Aujourd’hui, nous tolérons ce qui était autrefois reconnu comme vice ou péché, mais on ne tolère pas d’être réprimandé par un autre. Tout au plus, on va chez le psychologue pour obtenir plus facilement un laissez-passer pour sa conduite morale. Dans quelle mesure suis-je responsable du bien de la conscience de l’autre? N’est-il pas préférable de laisser tomber, de laisser chacun se débrouiller tout seul et faire ce qu’il veut? Le Baptiste a élevé sa voix publiquement au sujet de l’affaire du roi avec sa belle-sœur ; il a dénoncé  le mauvais exemple qu’ils ont donné au peuple, et sa tête a été coupée. N’aurait-il pas mieux fait de garder le silence? Dans le sillage d’Ézéchiel et du Baptiste, nous avons eu d’autres exemples de zèle prophétique, comme Jérôme Savonarole, frère dominicain, qui s’est déchaîné avec tous les excès possibles contre la décadence des coutumes dans l’Église et les aberrations de la papauté, comme Giordano Bruno, ex-Dominicain, qui a également causé de nombreux troubles parmi les  princes ecclésiastiques et laïcs.

 

      Le refus de Savonarole d’obéir, en faisant appel à un commandement de Dieu, ainsi que l’hérésie de Bruno, qui par obstination niait les dogmes fondamentaux de la doctrine chrétienne, remettaient en cause l’autorité d’un pape élu par simonie (il avait financé son élection). L’unité de l’Église était menacée. Selon les opinions de l’époque, la validité juridico-formelle de la peine était incontestable (1). Avec l’avancée de l’esprit moderne, Savonarole et Bruno ont été laïquement canonisés comme précurseurs de la Réforme, martyrs de la libre pensée. En réalité, si l’on regarde de plus près le caractère de ces deux champions de la fraternité, on trouve des exemples monstrueux d’intolérance: au lieu de correction fraternelle, ... la coercition fraternelle! Le Seigneur nous demande de corriger son frère pour le gagner, il ne nous demande pas d’imposer ou d’exagérer.

 

      Un ancien adage dit: “Agere sequitur esse”: l’agir suit l’être. L’être vient en premier, puis ensuite l’agir. Ce que je fais est une conséquence de qui je suis. Un être humain, intelligent et libre, accomplit des actions. Un animal, une plante ou un être de la nature ne peut pas effectuer d’actions: nous parlons-là plus proprement de comportements, de phénomènes, d’ événements. La personne se distingue de ses actes, comme l’être de l’agir. Par conséquent, l’éthique chrétienne connaît la distinction entre le pécheur et le péché: le pécheur doit être traité avec tout le respect dû à la personne, tandis que le péché doit être détesté. Cette affirmation élémentaire de l’éthique chrétienne a eu une influence positive et décisive sur le système juridique occidental. Pensons à un tribunal: lorsqu’il s’agit de juger un crime ou un délit, ce serait un problème pour tous, si la dignité de la personne dépendait des actes commis! Pour cette raison, la sentinelle des consciences (toute personne ayant une tâche d’orientation envers les autres: un parent, un éducateur, un politicien ...) doit être tolérante et intolérante dans la bonne mesure, c’est-à-dire qu’elle doit pouvoir reprocher l’erreur sans affecter la personne, dans son estime de soi. Elle doit désapprouver l’erreur, non pas la personne qui a fait du tort. Malheureusement, il nous est plus facile de mettre en place un tribunal, d’organiser une diffusion médiatique, de juger et de stigmatiser les autres!

 

      L’absence de prise en compte de cette distinction entre la personne et ses actes est à l’origine de nombreux malentendus entre l’éthique chrétienne et la culture moderne, basée sur l’idée moniste de liberté, qui devient la seule norme de l’action. La frontière entre ce qui est éthique et ce qui ne l’est pas, ne dépend plus d’une loi objective, ni d’un commandement divin, mais de la décision des hommes, peut-être même exprimée démocratiquement. Par conséquent personne, ni Dieu, ni l’État, ni aucun de ses représentants, ne peut revendiquer le droit de dire à un autre ce qui est bon pour lui. Dans ce contexte, la sentinelle de la conscience, celle qui veille à l’action fraternelle, apparaît comme une figure anachronique et inutile. Dans une société fonctionnelle, le prophète est inutile, mais le secret du salut qu’il apporte n’est-il pas précisément contenu dans cette inutilité?

 

      Cela est également vrai dans la pratique clinique. L’accélération sociale a imposé un rythme implacable, et dans les hôpitaux l’accent est plutôt mis sur la productivité et la valeur marchande. La santé n’est plus un bien humain, mais une marchandise d’échange. Chaque instant est utilisé pour documenter, informer et rendre compte. Les moments vides, les échanges gratuits, les rencontres sans but n’existent tout simplement plus. L’époque est terminée où un médecin, par exemple, quand il avait un problème avec un patient, pouvait prendre le temps d’une discussion autour d’un café. En réalité, dans une relation clinique, ce qui fait la différence n’est pas le besoin du patient, ni la compétence du médecin, mais c’est la rencontre humaine. Les gens sont des sujets qui désirent, espèrent, s’entraident, établissent un pacte d’alliance contre le mal à combattre. Ce sont les rencontres qui changent l’histoire, pas les programmes, pas les codes, pas les protocoles. La rencontre a besoin d’un espace de liberté, d’un espace-temps flottant, ouvert à l’inconnu inutile, en fait. C’est ici que le pouvoir thérapeutique se dégage, s’active et se libère. De la même manière, la sentinelle de la conscience, celle qui se reconnaît comme gardienne du bien de l’autre, entre dans un espace de gratuité qui est bon pour lui-même, puis guérit la vie de l’autre. 

 

      1) Cf. Joseph Lorz, “Storia della Chiesa” vol. II, Paoline 1980, pp. 86-89; 272

Télécharger
Télécharger en Pdf
A-Ord-23 - LaCorrectionFraternelle.pdf
Document Adobe Acrobat 81.9 KB

L’OPPOSITION DE PIERRE

Année A - XXII  Ordinaire (Mt 16, 21-27).                                                                               Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

par Andrea De Vico, prêtre                                                          

correction française: Nicolas Donzé, toxicologue;

Anne Mayoraz, éducatrice 

 

 

      “Pierre se mit à lui faire de vifs reproches: ‘Dieu t’en garde, Seigneur! cela ne t’arrivera pas’. Mais lui, se retournant, dit à Pierre: ‘Passe derrière moi, Satan! Tu es pour moi une occasion de chute: tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes’ ” 

      

      Pierre, le rocher sur lequel Jésus aurait fondé son Église, celui qui, quelques instants auparavant, avait prononcé le premier acte de Foi de l’histoire en la personne de Jésus, passe désormais à l’opposition, se comporte comme un vulgaire Satan! Celui qui, quelques instants auparavant, avait été appelé la pierre angulaire, est maintenant devenu comme une pierre d’achoppement, en grec: un scandale! Quelle contradiction! Que s’est-il passé? 

 

      Voici une explication: après la révélation intime du Père, l’homme charnel, sanguin, sensuel prend le relais et il raisonne selon les catégories mondaines! Pierre a été tellement troublé par l’annonce de la passion à venir, qu’il a oublié le débouché final de la prophétie, la finale de la résurrection. Lorsque le moment de la souffrance apparaît, l’épreuve de la Foi, l’être humain se rebelle, il ne veut rien en savoir ...

       

      La diffusion du Da Vinci Code peut être lue sous cet angle, comme une dynamique d’opposition à la Foi. Quarante millions d’occidentaux, dans une culture dans l’ensemble encore influencée par la Foi chrétienne, ont été intelligemment interceptés par une puissante opération de marché et sont restés collés au roman-film. Il est facile de démontrer qu’il s’agit d’une conjecture ésotérique et fantastique, qui ne peut en aucun cas résister au moindre examen historique, littéraire et scientifique superficiel, mais quarante millions d'(ex) chrétiens y ont, pour ainsi dire, cru.

      

      Jésus-Christ était-il vraiment marié à Madeleine? Une descendance secrète de Jésus a-t-elle réellement existé, persécutée par l’Église officielle? L’empereur Constantin a-t-il vraiment favorisé la divinisation de l’homme-Jésus en finançant la publication des Évangiles qui parlaient de lui comme de Dieu, en rejetant les écrits suivants (les apocryphes) qui le présentaient simplement comme un homme? 

 

      Si j’étais un bon écrivain et que je construisais un roman disant que la Présidente de la Confédération Helvétique cache le Saint-Graal dans les caves du Palais Fédéral à Berne, ou que le secrétaire d’État américain n’est pas celui qu’il prétend être, mais il est un dangereux extraterrestre infiltré par les martiens au sein de l’administration Trump, je trouverais toujours une bonne partie du public prêt à l’avaler. Les amateurs de mystères et de choses ésotériques sont prêts à croire n’importe quoi, tant que cela fait sensation. Comment réfuter des allégations de ce genre? Quelle réponse donner à ces imaginations incorrigibles et si à la mode? Comment explique-t-on un tel succès retentissant? Quel est le mérite des auteurs? La logique du marché? 

 

      Au final, ce sont les attentes du public qui décrètent le succès d’un produit. “Panem et circenses”, “donnez-nous à manger, et divertissez-nous”, disaient les Romains d’un empire décadent. Aujourd’hui, quarante millions de personnes ont prêté attention à ces histoires, ou du moins elles ont caressé l’idée qu’elles pouvaient être vraies, afin de délégitimer le catholicisme et d’avoir un monde sans Foi ni commandements, sans lois ni hiérarchies. Le contexte culturel du succès du Da Vinci Code est là. Quarante millions de personnes: toutes baptisées, évangélisées et catéchisées, mais finalement, comme Pierre l’apôtre, il a été plus intéressant pour elles de penser plus comme les hommes que selon Dieu.

 

      Le comble est qu’on ne peut même pas dire aux gens: ne lisez pas ce livre, n’allez pas voir ce film, sinon la curiosité devient plus forte. Les grandes controverses, accompagnées d’interdictions officielles, attirent encore plus le grand public. Par exemple, les protestations (et l’excommunication) adressées au (blasphématoire?) La Dernière tentation du Christ n’ont fait qu’augmenter l’attention générale et les recettes d’un film destiné plutôt à un circuit d’auteur.

    

      Quarante millions de personnes! Cela signifie que l’Église engendre ses enfants dans la Foi, puis les perd dans le vortex d’une apostasie de masse lente et inexorable! Il y a ceux qui sont très attentifs à une piqûre de moustique pour des raisons esthétiques ou à éviter la possibilité d’une maladie, et qui s’inquiètent peu d’un poison que le serpent antique inocule à petites doses, à travers des matériaux et des spectacles pseudo-culturels!

 

      Le monde applaudit la mystification de la Foi, certainement pas sa profession. Les conditions du Christ sont claires: “Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive”. Saint Paul dit aussi: “Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait” (Rm 12, 2)

      

      Que signifie renoncer à soi-même et changer sa façon de penser? Attention: renoncer signifie dire non. Jésus ne demande pas de nier ce que nous sommes, mais ce que nous sommes devenus par le péché. Créés à l’image de Dieu, nous avons abusé de notre liberté, salissant son image avec les incrustations du péché. Cela se passe comme la pureté et la simplicité des églises romanes qui,  au fil des siècles sont devenues lourdes de stucs, de décorations et de colonnes tordues qui n’ont rien à voir avec l’original. Pour revenir à la splendeur primitive, il faut enlever les lourdeurs baroques et les postiches.

     

      Pensons aux vices qui encroûtent notre âme: orgueil, avarice, luxure, colère, gourmandise, envie, paresse. Voici mon moi postiche que Jésus me demande de renier! Voilà ce moi qui n’est pas moi, ce moi qui ne vient pas de moi, et à qui je dois dire: non! Il ne s’agit pas de nier ce que Dieu a fait en moi avec la création, mais ce que j’ai fait moi avec le péché. Dire non à certaines lectures suspectes, à certains films et à des émissions spécialement conçues pour insinuer le doute et la confusion. Soit  nous pensons selon Dieu, soit nous pensons selon Satan. Soit le rocher de Pierre, soit le sable de Satan!

 

      Amen

Télécharger
Télécharger la réflexion en Pdf
A-Ord-22 - L'OppositionDePierre.pdf
Document Adobe Acrobat 77.0 KB