Les sentiers de la Parole

Chemins parcourus par les brebis en recherche de nourriture à travers la montagne. 

Salut ! Bienvenue pour marcher à mes côtés sur les sentiers de la Parole de Dieu. Je te propose chaque semaine, au rythme de la liturgie, une réflexion à partir des lectures du dimanche. 

 

Abbé Andrea De Vico

Adepte de trekking, en montagne et ... dans  l'âme!

 


LA GRATITUDE DU SAMARITAIN

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes

Année C - XXVIII Ordinaire (Lc 17, 11-19)                                                 

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Alors Jésus prit la parole en disant: ‘Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu!’ Jésus lui dit: ‘Relève-toi et va: ta foi t’a sauvé’ ”

     

      La liturgie d’aujourd’hui présente deux épisodes de guérison ou “purification”, comme on disait à l’époque. Naaman, un dignitaire de la Syrie païenne, est guéri par un prophète du Dieu d’Israël, et un samaritain, un étranger lui aussi, venant d’un peuple méprisé par les juifs, est guéri par Jésus. Leur maladie, la lèpre. Pour des raisons d’hygiène, les lépreux étaient considérés comme des “impurs” à éviter, ils étaient donc contraints à vivre en marge de la société des “sains”. En cas de guérison, dans un état théocratique comme celui d’Israël, le prêtre agissait en qualité d’agent officiel d’hygiène et de santé publique: il avait la charge de constater si la guérison a eu lieu, et déclarer la personne “pure”, “monde”, en l’intégrant à nouveau dans le consortium humain. C’est pour cela que Jésus, en guérissant les dix lépreux, les envoie chez les prêtres pour la validation.      

 

      Toutefois, des dix, il n’y a qu’un qui, se voyant guéri, revient en arrière pour remercier: c’est le samaritain. Les autres neuf sont juifs, mais ils continuent leur chemin, impatients d’avoir le certificat, sans montrer de signe de reconnaissance envers celui qui les a guéris. Le point fort de cette narration est évident: un samaritain infidèle et de race “bâtarde’’ s’est porté mieux que les pieux et nobles juifs! Un “mal croyant” est indiqué par Jésus comme modèle de foi: qui l’aurait imaginé? Cela est un évènement qui se produit souvent dans l’Evangile. Dans un autre épisode, Jésus s’était émerveillé par la foi d’un païen, là où en Israël on l’aurait cherché en vain; une autre fois, Jésus présente un “extra-communautaire” comme un exemple de charité, non le prêtre du Temple ou le lévite de la Fonction Publique.

 

      De ces dix lépreux, tous ont prié, tous ont eu confiance, tous ont été guéris, tous ont obéi en allant chez les prêtres, mais il n’y a qu’un qui est revenu remercier: “Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu!” Il m’a semblé entendre la même histoire dans le récit de quelques guides de montagne, qui à leurs risques et périls, interviennent dans des situations d’urgence provoquées par des alpinistes inexpérimentés et improvisés. Eh bien, au moment où ces guides sauvent des vie humaines, que font-ils ceux-là? Ils se tournent pour dire “merci?”. Pas si sûr: parfois les survis éprouvent un ressentiment incompréhensible envers leurs sauveteurs, pour avoir eu besoin d’eux! Un de mes amis a secouru un motard blessé et il s’est engagé pour son transport à l’hôpital: le jour d’après celui-là n’a même pas voulu le recevoir! Belle gratitude! On aurait envie de dire: ne valait-il pas mieux de les laisser là où ils étaient, dans leur maladie, entre les rochers ou sur la route?

 

      Humainement ce serait une satisfaction, mais Jésus ne le pense pas: pour en “sauver” un, il en “guérit” dix. “Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils?… Jésus lui dit: ‘Relève-toi et va: ta foi t’a sauvé’ ” Neufs sont dits: “guéris”, il n’y a que le dixième qui est dit “sauvé”. On voit bien que la foi ne s’enferme pas dans un cercle défini d’élus ou de baptisés, mais que tous peuvent s’adresser à Lui, même l’étranger, le mécréant ou le disciple d’une religion hérétique comme celle de Samarie. S’il venait aujourd’hui, devant le spectacle de tant de baptisés aux convictions orthodoxes mais qui n’ont pas le cœur de dire: “merci”, Jésus apporterait l’exemple d’un certain Arabe, Gypse ou Marocain, pour montrer que le Royaume des cieux préfère “un étranger qui aide le prochain” aux pratiquant d’une religion figée et embaumée dans l’exactitude des formulations doctrinales. En fin de compte, l’éloge du samaritain devient une gifle morale pour tous ceux qui limitent le discours de la foi dans le contexte d’une culture, d’une doctrine ou d’une tradition bien précise:  la nôtre. 

 

      Cet éloge se prête aussi bien pour débusquer une certaine mentalité laïque qui a horreur de “la foi” telle qu’une expression identitaire, violente, terroriste. Il y a des mécréants qui ne savent parler de foi et de religion que quand ils voient une bombe exploser ou lors d’un scandale, pour avoir quoi dire et se libérer d’une démangeaison de satisfaction idéologique. Quelle que soit la façon dont on la regarde, la remarque de Jésus est scandaleuse: “Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu!” Si la foi est “foi en sa personne”, si la foi est une “relation avec lui”, même l’étranger y a accès! 

 

      Pour revenir sur Naaman, ce n’est pas l’eau du fleuve qui l’a sauvé. L’eau était nécessaire comme signe, en effet le prophète lui avait ordonné de plonger sept fois dans le Jourdain, mais cela n’a pas été l’eau qui le sauve. Ensuite, il y a les cadeaux somptueux que Naaman avait apportés avec lui dans l’espoir de payer sa guérison, mais même ceux-ci n’ont pas servi au but, en fait ils ont été rejetés par Elisée. La visite au sanctuaire/habitation n’a été pas non plus la cause de sa réhabilitation. C’est la foi qui l’a guéri! Mais quel genre de foi un païen pourrait-il exprimer?

      

      En relisant l’épisode (2Rois, 5, 1-27), nous constatons que toute l’affaire de Naaman présente plusieurs coups de théâtre, des motifs de suspicion, de colère et de dédain, pour avoir été envoyé dans les eaux misérables d’Israël, avec toute l’eau qui coule dans les rivières de Damas. On voit bien que la “foi” de Naaman était de type magique, et il ne s’attendait qu’à une action d’éclat de la part du prophète. Grâce à la suggestion d’un serviteur accommodant, enfin Naaman adopte une attitude d’humilité et d’obéissance à la parole. Immergé dans le Jourdain, une fois guéri, Naaman décide d’honorer le Dieu d’Israël pour le restant de ses jours, avec une seule réserve pour laquelle il présente une demande anticipée de pardon, quand des raisons de fonction publique l’auraient forcé à se prosterner avec son roi devant la statue de Rimmon, le dieu national. Pour finir, on ne peut même pas dire que la foi de Naaman est si “orthodoxe”, à l’état pur, pourtant, Jésus la prendra comme exemple d’une parole qui s’ouvre aux païens!

 

      L’histoire de Naaman, que nous pouvons comparer à n’importe quel épisode de Lourdes et autres, nous dit que le miracle est ambigu. Quand il est reçu avec joie et gratitude, le miracle inspire la foi, mais lorsqu’il est requis, prétendu ou contesté, le miracle devient le principal obstacle à la foi: “Est-ce que les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d’Israël?” “Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire?” (Gv 6, 30) “pourquoi celui-là, et non pas moi?”

 

      A quoi sert-il d’être miraculé à Lourdes, si après je ne me sauve pas au Paradis? Il y a des gens qui cherchent des miracles, ils organisent des voyages et ils courent après les faits extraordinaires qui se passent ici ou là-bas, tout en s’arrêtant au niveau de la curiosité, avec une attitude critique et crédule. Et il y a ceux qui regardent les phénomènes religieux avec un air de contrariété, scepticisme et de supériorité. 

 

      Entre les deux choses, celle qui fait la différence est cette foi qui s’exprime par un simple geste de gratitude. Ce n’est pas l’eau qui sauve, pas même le miracle: c’est la foi qui sauve! Dans le langage médical, “le principe de guérison est interne, il est caché dans la maladie elle-même”,  mais cela ouvre un autre chapitre. Le Samaritain s’est jeté aux pieds de Jésus: lui seul, étranger marginal d’une compagnie de Juifs, a compris quelque chose de son mystère!

 

      Amen

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AUGMENTE EN NOUS LA FOI

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes

Année C - XXVII Ordinaire (Lc 16, 17, 5-10)                                               

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Les Apôtres dirent au Seigneur: ‘Augmente en nous la foi!’ Le Seigneur répondit: ‘Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici: ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi” 

 

      Face aux apôtres qui demandent “plus de foi”, Jésus répond d’une manière inattendue, avec une parabole agaçante. On dirait même qu’il se moque d’eux: “ah, comment, vous avez la foi?” “et vous voulez également l’augmenter?” “si vous en aviez un tout petit grain, vous soulèveriez les montagnes!” Puis il parle d’un étrange patron difficile qui ne laisse jamais un moment de répit à son serviteur, même après une dense journée de travail. Il ne lui dit pas: “assieds-toi et mange”, mais: “prépare-moi le diner, et dès que je me serai rassasié, tu mangeras”. Nous avons là l’image d’une société violente, injuste, tyrannique.

     

      À première vue, il semble que Jésus présente Dieu comme un patron dur et exigeant. En réalité, avec cette parabole du patron difficile à satisfaire, Jésus n’est pas en train de dire comment Dieu traite l’homme, mais comment doit être le comportement de l’homme envers Dieu: d’une disponibilité totale et inconditionnée. En fait il prend l’exemple d’un serviteur qui travaille jusqu’au soir sans rien prétendre, sans même dire: “j’ai fini, je ferme le magasin et je m’en vais”. Dans le discours de Jésus, il n’est pas possible de servir le Royaume de Dieu avec l’attitude du salarié: un certain travail pour un certain salaire.

 

      Il semble bien que Jésus fasse de l’ironie, quand les apôtres demandent cette “augmentation” de foi, comme une augmentation de salaire. Avec la mini-parabole du patron difficile qui exige un serviteur à tout moment disponible, à sa manière Jésus réponds à la requête: “veuillez ne pas exagérer, soyez comme ce serviteur à la fin de sa journée” “toi qui voudrais avoir ‘plus de foi’, laisse tomber l’augmentation et contente-toi de faire ton travail, en disant: je suis un simple serviteur, j’ai fait ce que j’avais à faire’”. 

    

      Il est bien étrange qu’aujourd’hui nous n’avons pas encore compris cela, et encore nous nous engageons à prier avec les mêmes paroles des apôtres, pour une “augmentation” de la foi, comme si c’était une raison de fierté face à Dieu. Parfois nous débutons nos réunions d’Église ou nos prières universelles par la même formule qui a fait rougir les apôtres: “Seigneur, augmente en nous la foi!” On voit bien que nous n’avons pas saisi la subtilité, et nous prions contre nos propres intérêts. 

 

      Notre erreur consiste à échanger la foi avec notre sentiment: je fais une forte expérience de spiritualité et de conversion, et ce serait la foi. Pour d’autres, la foi se retrouve dans la finesse et la profondeur d’une étude théologique: les pensées que je fais “sur” Dieu, petit à petit deviennent des pensées “de” Dieu, et c’est ainsi que ma parole devient divine!   

 

      Imaginons que Dieu nous prenne au sérieux et nous accorde l’augmentation souhaitée: qu’allons nous donc faire? Nous nous donnerons avec plus de ferveur aux œuvres de charité? Ou bien nous allons nous mettre sur un pied de compétition pour mesurer et comparer la température de notre sainteté?  

 

      L’envie d’avoir “plus de foi” nous ramène à ces gens qui, excitées par un peu crédible souhait de sainteté, cherchent l’orgasme religieux. Ils voudraient “croire plus”, c’est vrai, mais dans le but de “jouir plus”. Dans la nature, on le sait bien, les envies d’amour doivent être nécessairement signalés aux congénères, comme les cerfs dans la belle saison le font, pour dire: “femelles, venez ici, je suis un mâle mature, fort et beaux! et vous les autres mâles, gare à vous et restez loin!” Que le Créateur soit béni, d’avoir donné aux êtres l’instinct de la reproduction, mais dans le domaine des affections humaines cette envie religieuse inspire chez des gens une détestable tendance à s’estimer mieux que les autres. 

 

      C’est pour cela que Jésus nous retient, comme il l’a fait avec les apôtres: “soyez tranquilles, ne demandez pas trop, tenez-vous occupés, gardez le status du serviteur: il est mieux pour vous!” “Laissez tomber ce prétentieux désir d’‘avoir plus’ et cherchez à ‘faire mieux!’”  “L’augmentation de la foi ne vous convient pas: elle est dangereuse”.  

 

      Dans nos prières, il serait donc plus raisonnable de nous limiter à demander “la foi”, et c’est tout. Du reste, c’est exactement ce que nous avons fait au moment de notre baptême: nous avons demandé “la foi”, d’être “dans la foi”, de grandir “dans la foi”. Au lieu d’en demander stupidement une “augmentation”, il serait mieux d’abaisser la barre de niveau du service. Le Royaume de Dieu fonctionne à ce niveau-là. La foi est comme le Royaume: il échappe à tout critère de mesure, ou il y a, ou il n’est pas!

 

      Amen 

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L’EPULON ET LAZARE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes

Année C - XXVI Ordinaire (Lc 16, 19-31)                                                   

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Mon enfant, rappelle-toi: tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance”

 

      Dans l’Évangile nous trouvons deux personnages aux destins croisés: “un riche” dont le nom d’est pas dit, et un pauvre homme qui porte le nom personnel de “Lazare”. Le premier est caractérisé par un appellatif générique: “l’epulon”, c’est à dire “une sorte de riche”, “un bourgeois”, “un milliardaire”, quelqu’un qui se porte magnifiquement bien. En latin, le mot “aepulae” indique “les richesses”. Jésus ne l’estime pas digne d’un nom personnel! C’est comme s’il disait: le riche plus il devient riche, moins il ressemble à un homme, il devient comme ses richesses, il fait partie des choses accumulées, il fait “corps” avec ce qu’il aime. Dommage que l’actuelle traduction officielle française ne saisit pas la subtilité, et renonce au titre classique de “l’Epulon et Lazare”. 

 

      Et encore, regardez quel garde-robe: pourpre et lin fin d’un côté, et vêtements sales en lambeaux de l’autre. Quand chez quelqu’un un début de pauvreté arrive, on peut cacher la faim, mais ce qui est le plus difficile à supporter, est de se balader avec des vêtements inappropriés qui t’identifient comme un misérable. Combien de gens nous passent à côté avec les beaux habits dehors, et un trou dans l’estomac! Lazare était à la porte et il pensait pouvoir se rassasier de petits bouts de pains que les convives utilisaient pour se nettoyer les mains. C’était l’usage de l’époque: se sécher les mains et nourrir les chiens. Mais personne ne se soucie de lui. Pensons à certains restaurants d’aujourd’hui qui nous présentent leurs plats raffinés sur une bonne croute de pain destiné au bidon des ordures: ne sommes-nous pas inconscients? 

      

      Le pauvre mourut. Il est toujours le premier à mourir. Certes, les conditions hygiéniques et alimentaires, le manque de soins médicaux … En certains cas, la mort est vécue comme un bien, comme une délivrance. Plus tard, aussi le riche mourut. Il est bien étrange qu’il meurt: il a vu les mers et les montagnes, il a connu des vacances et des luxes sans fin, les meilleures consultations médicales et les analyses les plus coûteuses, mais cela ne l’a aidé qu’à avancer d’un peu le piquet, à vivre un peu plus longtemps. Pour finir, lui aussi a dû mourir. 

      

      Maintenant la situation s’est inversée: Lazare se trouve en un lieu de béatitude et de consolation, tandis que le riche est dans les tourments. Le premier est dans le sein d’Abraham, l’autre dans les ténèbres du Shéol. Entre les deux réalités il y a un abysse infranchissable, et pourtant ils arrivent à se parler à un tir de voix. Le riche ne s’était jamais aperçu de Lazare, quand il mendiait à la porte, mais maintenant le reconnait, sans doute! À présent, c’est le riche qui voudrait jouir d’une petite faveur, une toute petite goutte d’eau, “je t’en prie”, mais cela n’est pas possible à cause du fossé que lui-même a creusé envers Lazare pendant qu’il était en vie!    

 

      Abraham l’appelle avec le doux nom de: “mon enfant”. Les damnés subissent le dommage qu’ils se sont procurés tous seuls, c’est pour cela qu’ils appellent “damnés” (“damnum”, dommage), pourtant ils demeurent toujours des “enfants”, des “fils de Dieu”, même dans l’autre monde! Il n’y a pas de rancune dans les paroles d’Abraham, pas de froide satisfaction de la vengeance, mais le sens d’une justice mélancolique et inflexible: “tu as déjà eu … lui il doit avoir …” Le riche s’est damné - il a procuré son dommage - pas à cause de sa richesse, mais pour avoir ignoré le pauvre Lazare, c’était comme s’il ne le voyait pas! Lazare se présentait régulièrement aux festins, donc de la part d’Epulon ce n’était pas le péché d’une seule fois, mais un péché continue, structurel, comme le marché mondial. La pauvreté existe, mais il y a pire: le refus de la regarder! 

 

      “Eh bien, tant pis”, semble dire le riche. “Mais … fais-moi une faveur: j’ai des frères … cherche à les avertir … pour qu’ils ne viennent pas eux aussi ici, en cette triste demeure …” Tiens: ce riche a des frères! Il ne s’aperçoit que maintenant, dans cette situation! En effet il est difficile de voire un riche à table avec ses frères et conjoints: le riche cherche plutôt la compagnie de ses amis qui lui ressemblent. Le riche est un solitaire, un étranger à son propre sang: “fratelli coltelli!” “frères couteaux”, on dit en Italie. La réponse d’Abraham lui parvient ponctuelle, comme un tir de canon à midi: si ces frères ne croient pas à la Parole de Moïse et des Prophètes, ils ne croiront pas non plus aux sépulcres qui s’ouvrent et aux morts qui se mettent debout. Tout au plus, ils diront qu’il s’agit d’une histoire de fantômes, d’une hallucination, d’une machination.     

 

      Cela vaut pour nous aussi: il est inutile d’aller ici-là à la recherche des signes de l’au-delà. Jésus n’en parle jamais, et le Magistère de l’Église est très sec à ce sujet. Dans quelques très rares intervention officielles, on trouve tout simplement affirmé que l’âme, dès qu’elle a laissé le monde, “mox”, c’est à dire “tout de suite”, “immédiatement”, elle se dirige vers l’enfer ou vers le paradis. Le jugement particulier s’avère tout de suite après la mort, et le destin de chacun est fixé pour toujours, sans possibilité de donner lieu à pénitence. Cette doctrine est affirmée par le Concile de Lyon (1274) (Bulla “Benedictus Dominus” de Benoît XII - 1336) et par le Concile de Bâle-Ferrara-Florence (1431-1439). Ceci dit, le Magistère vise à interdire toute sorte de nécromancie, l’interrogation des morts pour avoir des révélations ou connaissances particulières. 

 

      Cette raisonnable intransigeance de l’Église s’explique très bien. De nos jours, la nécromancie se présente sous une forme morbide et apparemment inoffensive, par exemple, avec les expressions de “contact médiumnique”, “écriture automatique”, “channelling” “spiritual advisance” et similaires. En ces phénomènes-là il se passe de tout: on y trouve des idées fascinantes mixtes à des vapeurs de soufre. Le discernement est difficile. Il est hautement improbable, sinon impossible, qu’on puisse extraire une “science théologique” à partir de l’immense masse de données mise à disposition par les soi-disant “phénomènes médiumniques”, pourquoi?

 

      Un ange du Seigneur n’a pas intérêt à s’habiller en mauvais esprit, il se passe plutôt le contraire: ce sont les démons qui se déguisent en esprit de lumières. Imaginons le cas d’une “séance spirituelle” pendant laquelle vienne un ange du Seigneur ou une belle âme . Qu’est-ce qu’il se passe par la suite? Voici que la “fenêtre” ouverte entre les deux mondes est prise d’assaut par une myriade d’esprit défunts “frais du jour”, ou par des esprits assaisonnées dans les années, tous désireux de communiquer. Ils s’écrasent et ils se battent entre eux pour une “priorité de passage”. Cependant, dans l’au-d’ici les personnes sont convaincues de contacter leurs défunts, et ils ne s’aperçoivent pas avoir à faire avec des voleurs d’identité qui se présentent comme des êtres chers et des guides d’un autre monde, tout en se moquant des sentiments les plus chers.    

 

      Le monde des “médiums” et des “spiritual advisors”, qui volontiers se prêtent au jeu, est plein d’ambiguïtés, d’opportunisme, de rêveurs, visionnaires, charismatiques, charlatans et magiciens. Le bénéfice des arts magiques pourrait se résumer en une devise: “se sentir mieux pour rechuter dans le pire”. En effet c’est comme une drogue: les premiers informations qu’on reçoit sont vraies et réconfortantes, mais attention à la suite! En ce monde-là, Moïse, les Prophètes et l’Évangile sont tout simplement ignorés, dépassés, substitués ou mystifiés par les écritures médiumniques, qui provoquent une confusion des âmes, la dérive de la foi et le risque de perdre pour toujours le salut éternel. Ne jamais aller chercher ce type de connaissances-là.       

 

      Un exemple qui les représente tous. Une fois, dans les splendides “révélations” d’un ange, j’ai trouvé une phrase fascinante mais suspecte: “Le mal n’existe pas. Le mal est le bien en formation”. Eh bien, la nouvelle est rassurante, mais d’un seul coup elle a effacé l’immense problème du mal moral, de la responsabilité des actions humaines, et de l’effrayante possibilité de se tromper à toujours par rapport à l’unique existence qui nous est donnée de vivre. Et alors que faudrait-il  dire d’Hitler, qu’il s’agit de l’embryon d’un Padre Pio? Saint Paul le dit bien: “Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème” (Gal 1, 8)

 

      Toutefois, de temps en temps, des signes authentiques de l’au-delà, comme le dialogue entre l’Epulon et Lazare, arrivent, si Dieu le permet. Les deux mondes se rapprochent à un tir de voix, sans se confondre. Il existe des dons qu’il faut prendre en considération, les accueillir avec respect et reconnaissance. Mais ce sont des dons qui se payent très cher, mieux vaut ne jamais rien demander. Ne jamais perdre de vue la référence aux Écritures: Moïse et les Prophètes, c’est à dire la Loi, et l’Esprit qui donne vie à la Loi. Si dans notre vie, à moment donné, il nous arrive quelque chose d’extraordinaire et merveilleux (cela arrive à tout le monde), ce sera un aide dans le sens de l’Évangile, une gratification dont nous n’avons pas le droit d’abuser.     

 

      Amen

 

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L'ADMINISTRATEUR MALHONNÊTE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes      

Année C - XXV Ordinaire (Lc 16, 1-13)                                                       

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Eh bien moi, je vous le dis: faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles” 

      

      Les grands propriétaires fonciers de la Palestine ancienne, notamment des étrangers, avaient des administrateurs à qui ils donnaient une grande liberté et responsabilité, afin qu’ils réalisent un bénéfice convenu avec le maître non-résident. Ces “administrateurs délégués” pouvaient tirer des profits personnels grâce aux affaires de leurs patrons, c’était toléré, mais dans le cas de la parabole l’administrateur a vraiment exagéré, il a même volé à son maître. Mis au courant, celui-ci est le licencie immédiatement. Et l’administrateur malhonnête ne tente même pas un minimum d’autodéfense: il a mauvaise conscience, il sait que les accusations tirées contre lui sont vraies. Licencié et obligé de livrer les comptes, ce petit “malin’’ ne craque pourtant pas, et il pense à ce qu’il peut faire pour s’assurer un avenir décent. Son “coup de maître” consiste en un “faux en écriture”: il retouche les chiffres et il divise par deux les crédits dus à l’entreprise de son patron. En fait, il utilise les affaires du patron pour se faire des amis qui l’aideront, une fois qu’il se serait retrouvé à la rue. L’idée est rapide comme un éclair, il n’y pense pas deux fois. Un sacré coup qui à la fin attire même l’admiration du patron: “regarde moi celui-ci … il a été capable de m’escroquer ouvertement, jusqu’a ce point-là …”   

 

      Certes, Jésus ne loue pas l’action malhonnête, mais il la prend par comparaison, il en souligne  la manière forte: “regardez ce malhonnête comme il a été lucide dans ses propres affaires, regardez quelle rapidité d’esprit à comprendre la gravité de sa situation, regardez quel courage en devant prendre une décision …” Jésus veut que ses disciples, par rapport au Royaume, adoptent la même promptitude. Ils ne peuvent pas le renvoyer à demain, ils ne peuvent pas y dormir dessus, ils doivent agir maintenant, de manière résolue, sinon ce Royaume leur échappe. S’il venait aujourd’hui, Jésus dirait : “regardez les opérateurs boursiers, avec les yeux collés sur l’ordinateur pour suivre la performance boursière, et l’oreille collée au téléphone pour donner des ordres: si les titres chutent, ils vendent d’un côté et ils achètent de l’autre. Quelle attention, quel niveau de décision! Et vous, vous ne feriez pas de même pour mettre en sureté un capital immensément supérieur, celui de la vie éternelle?”      

 

      Il arrive parfois que les personnes se plaignent du fait que Dieu envoie le bien aux méchants, tandis qu’il n’y a que de malheurs qui arrivent aux gens honnêtes. C’est une histoire qu’on a déjà trop souvent entendu: les mauvaises gens réussissent toujours, tandis que les bons, pour être bons, sont mis à l’épreuve. Les mauvaises gens gagnent toujours, pendant que les honnêtes risquent leur peau. Si nous pensons cela, ça veut dire que nous n’avons rien compris au Royaume de Dieu. Selon la parabole du Christ, nous qui sommes ses disciples nous devrions avoir la même attitude que ceux qui rament dans l’illégalité. Nous devrions être malins à faire le bien, comme ceux-là le sont dans les mauvaises affaires, pour accaparer la vraie richesse, celle du Royaume.    

      

      Qui est mon employeur? Un riche qui ne pense qu’à ses propres intérêts? Un politicien corrompu qui pour monter en grade s’est vendu à un autre plus louche que lui? Une multinationale aux pouvoirs occultes? Qu’est-ce que je fais, je m’adapte au système et je deviens corrompu aussi? Je me mets à organiser des manifestations parfaitement inutiles pour dénoncer l’illégalité, le désastre économique et le changement climatique? J’écris des livres et des articles de feu pour une improbable réforme de la justice sociale, au risque d’être fiché, licencié et réduit au silence à jamais?  

 

      Eh bien, selon les paroles du Maître, avec toute cette malhonnête richesse qui m’entoure, il y a une chose que je peux faire: je dois devenir plus fourbe que mon employeur, je dois chercher à lui soustraire sous son nez toutes les ressources possibles, en faveur de ces futures amis (les pauvres) qui un jour m’ouvriront les portes du Royaume, le jour final du règlement des comptes, quand j’aurai besoin de main forte. 

 

      Les pacifistes, les écologistes et les activistes en faveur des animaux se fâchent volontiers contre les perversions du système, mais en réalité ils n’affectent pas le système, tout au contraire: ils sont fonctionnels au système, ils y font partie, ils en fortifient ses défenses immunitaires, ils le rendent plus subtile, plus sophistiquée. En effet, les manifestations sur la place publique sont parfois saluées comme les grandes révolutions du passé, mais ces soi-disantes “révolutions” n’ont fait que de déplacer l’axe du pouvoir d’un sujet à l’autre, et elles ne sont devenues “grandes” que par les affabulations du mythe. 

 

      Jésus ne se scandalise pas pour l’argent malhonnête, ou pour le volume des injustices humaines, car il y en aura toujours, plutôt il nous invite à être “malhonnêtes” et capables de mener des décisions rapides comme la foudre, quand l’enjeu s’avère être l’intérêt des pauvres et la justice du Royaume. Lui il connait bien le cœur des hommes, sait que certains systèmes ne pourrons pas changer, comme l’histoire du loup qui change de poil mais pas le vice. Si donc tu veux vraiment apporter du nouveau dans un contexte, tu dois être dedans et tu dois être plus malin que les autres, mais pas dans le même but.

 

      Pour la personne qui est dans la foi, l’idée d’une “révolution” est secondaire, marginale: le Royaume de Dieu avance grâce à la “conversion” personnelle. La place publique mobilise les gens, mais ne change rien: si par contre tu changes ton cœur, tout changera!        

 

      Amen

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IL Y AURA DE LA JOIE DANS LE CIEL

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes      

Année C - XXIV Ordinaire (Lc 15, 1-32)                                                     

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion” 

      

      Il est des paraboles qui sont prononcées pas Jésus en pleine controverse contre les scribes, les pharisiens, les représentants officiels de la Loi et de la Religion. Ils ne se considèrent comme “justes” que par le fait qu’ils lisent, s’appliquent à l’étude et à la pratique des Écritures, alors que les autres sont considérés comme des “pécheurs”. De leur point de vue, la catégorie des pécheurs est composée de gens qui pratiquent des activités répréhensibles (prostituées, usuriers …), des métiers méprisés (commerçants et bergers …) et des travaux avilissants à contact avec les matières “impures” (tanneurs de cuir qui touchent le sang, collecteurs de poubelles, travailleurs qui manipulent les cadavres …). En fait, ces gens n’ont certainement ni les moyens ni la facilité de se livrer aux études et aux méditations. 

 

      Si c’était un bon critère de “pureté”, on peut dire que la plupart des gens qui aujourd’hui sont en “circulation’’ sont “impures”: bouchers, éboueurs, employés de voirie, boursiers, banquiers, financiers, analystes de laboratoire, personnel funéraire … que des gens “sales et pécheurs”, par métier. Ils sont tellement pris dans leur sale boulot qu’ils ne savent rien de la religion, il ne vont jamais à la Messe. 

 

      Jésus souhaite justement fréquenter ces gens-là, les soi-disant “pécheurs” et “lointains”. Un comportement agaçant pour ceux qui se présument être “justes”. Manger et boire avec les “pécheurs” équivaut à entrer “en communion” avec eux, une chose que les scribes et les pharisiens ne sont pas disposés à tolérer de la part de quelqu’un qui se dit être un “prophète” de Dieu. Une bonne excuse pour avoir de quoi l’accuser. “Que de l’envie”, dirions-nous, à cause du succès et de l’extraordinaire popularité de Jésus.  

 

      Voici donc les subtilités: “si tu es un prophète, comment se fait-il que tu traînes avec des gens comme ceux-là?” Et Lui, pour répondre au chef d’accusation, il raconte: “il y avait un brebis égaré … il y avait une femme qui avait perdu sa pièce de monnaie … un père avait deux fils …” “et si un berger fait la fête pour une brebis retrouvée … si une femme est heureuse de retrouver son argent … si un père est dans la joie pour le retour d’un fils indigne … combien plus grande sera la fête au paradis, pour un pécheur repenti?” Jésus révèle le visage le plus intime du Père, celui de la miséricorde. Un Dieu qui aime le pécheur, qu’il  cherche, qu’il attend au seuil de sa maison, et dont il se réjouit du retour.     

 

      Cette réponse est scandaleuse parce qu’elle renverse les critères les plus évidents de la “pastorale” courantes des pharisiens, un enseignement qui divise les hommes en moutons et chèvres, bons et méchants, justes et pécheurs. Jésus bouleverse la conception même qu’on a de Dieu, en le présentant comme un Père bienveillant, indulgent, prêt à accueillir celui qui s’était égaré et qui à présent, désire retourner à la maison. La nouveauté de ce message est dans le “comportement” d’un Dieu qui “cherche” le pécheur et “se réjouit” de le retrouver. Étrange façon de parler de “conversion”: c’est Dieu qui “se convertit” au pécheur, et non le pécheur à Dieu! Jésus met Dieu devant l’homme, et non l’homme devant Dieu! Il invite ses malveillants interlocuteurs à voir les choses de la part de Dieu, non de la part du pécheur!   

 

      En même temps, en disant ces paraboles, Jésus rejette les objections et justifie la belle compagnie qui l’encercle: “si Dieu fait cela, moi je fais de même” “si Dieu est fait comme cela, moi je le suis de même!” “je ne suis pas venu pour vous les justes, mais pour ceux-ci qui sont des pécheurs”. Le résultat du discours est énorme: fracas d’applaudissement d’un côté, et envie noire de l’autre. Les “justes” sont irrités, déstabilisés, parce que ils voudraient un autre type de père, plus juge et moins père.

 

      Et nous, où en sommes-nous, du côté de Jésus ou des pharisiens? À quelle distance sommes-nous positionnés, par rapport au Royaume de Dieu? Si nous nous sentons être plus justes qu’aimés par le Père, nous sommes loins. Si nous prêtons plus d’attention à notre prétendue honnêteté qu’aux gestes d’amour du Père, nous nous éloignons encore plus. Si nous divisons le genre humain en païens et chrétiens, croyants et mécréants, pratiquants et non-pratiquants, mariés et divorcés, jusqu’à arriver à la justesse incontestable de notre inestimable personne, alors nous sommes vraiment en dehors. Nous nous mettons “du bon côté” et nous croyons être autorisés à juger le prochain selon un mètre qui prend modèle dans notre stature. Pour finir, nous nous émerveillons que les autres ne nous ressemblent pas, et ils font une vie sans Dieu, ni religion, ni sacrements. Pour nous, la “conversion” c’est “revenir à l’Église”. S’il nous arrive de penser ainsi, cela veut dire que nous ressemblons plus aux pharisiens qu’à Jésus.  

 

      Il est bien vrai que nous les catholiques nous avons repris l’ancien vice des pharisiens séparateurs, mais dans le bestiaire de l’humanité nous retrouvons aussi la race évoluée des laïques puritains. Par exemple, les Hauts Fonctionnaires de l’Académie Française, représentants officiels de la Langue et de la Culture, pour ennoblir et monumentaliser leur belle langue, ont délibérément complexifié, fixé est imposé jusqu’au paroxysme des critères pour le “bon usage” de la langue française, en l’honneur de la République, une, sacrée et intouchable. Il est ainsi que, en quelques décennies, avec la démocratisation de la scolarité, les Académiciens ont créé une orthographie impossible imposé à tout citoyen. 

 

      Heureusement, être “Académicien” n’est qu’un titre honorifique, et pas scientifique. On pourrait bien se passer de certaines complexifications, mais grâce aux Académiciens, les enfants de la République vont aujourd’hui à l’école avec le sentiment du banc de la torture, avec tous ces problèmes d’apprentissage, dyslexie et dysorthographie qui finissent par reléguer une bonne partie de la population dans les limbes de l’analphabétisme. Tous les français ont vécu l’horreur, mais au lieu de casser le sortilège, ils l’acceptent et ils s’obstinent à le perpétrer. Comme les adultes ont connu “le sens de l’effort”, ils estiment qu’aussi les jeunes doivent également se montrer capable de “se surpasser”. Ils ne veulent pas admettre que, s’ils ont souffert, ça a été pour rien. 

 

      Dès de début de l’Académie, l’orthographe se présente comme un dogme religieux très semblable à la morale catholique et à l’intolérance des pharisiens: les personnes seront jugés sur la base de leurs fautes en écriture. Déjà dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie Française, il est écrit que l’orthographe a pour but de “distinguer les gens de lettre des ignorants et des simples femmes”. En fait, c’est devenu aujourd’hui une pratique courante que de “discriminer” les personnes sur la base de leur manière d’écrire: pour une erreur banale, dans le monde de l’école, de l’emploi public, du travail, de l’entreprise … tu peux mettre fin à ta carrière (et aussi rater un rendez-vous d’amour)! Une apostrophe mal mis suffit à disqualifier un CV de tout respect, ou tout un système de pensée. 

 

      Dernièrement, même sur internet des personnes sont réduit au silence pour une banale erreur d’écriture. Une liberté de parole qui est brisée au nom de l’orthographe: belle manière de démocratiser la société! Ce n’est pas l’orthographe, mais c’est la personne qui vient d’être jugée! Il est ainsi que l’Écriture de la Langue prend la place de l’Écriture Sacrée! Tous ceux qui ne savent pas bien écrire, sont relégués dans la catégorie des nouveaux pécheurs! Pourtant, si au lieu de “orthographie” j’écris “ortografie”, comme les italiens et les espagnols le font, c’est plus simple et quand-même compréhensible, donc ce n’est pas une faute, pas besoin de remonter au grec pour montrer le prédécesseur illustre d'un mot.

 

      Certaines “erreurs” d’orthographe ne sont pas des vrais “erreurs”, mais elles peuvent être utiles pour activer des ressources insoupçonnées: ce sont des tentatives provisoires d’expression, des trébuchement qui entraînent le pied, des signes révélateurs de personnalité, des indicateurs de génie, des éveils d’esprit critique. La langue n’est pas sacrée, elle n’est pas un système clos, chacun emmène sa particulière mimique, c’est pour cela que l’écriture ne l’est pas de même. Si le problème de la langue est de se faire comprendre par tous, dans un contexte, la bonne et simple … ortografie doit suivre le pas de cette exigence élémentaire. La grande et belle langue nationale, libérée d’un tas de vieux trucs, ne sera plus une torture, mais elle emmènera au plaisir de la découverte, de la réflexion, de la lecture et la relecture. L’(É)écriture ne sera plus un bien élitaire, mais l’expression d’un bien commun: il y aura de la joie dans l’école!  

 

      Amen

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