Les sentiers de la Parole

Chemins parcourus par les brebis en recherche de nourriture à travers la montagne. 

Salut ! Bienvenue pour marcher à mes côtés sur les sentiers de la Parole de Dieu. Je te propose chaque semaine, au rythme de la liturgie, une réflexion à partir des lectures du dimanche. 

 

Abbé Andrea De Vico

Adepte de trekking, en montagne et ... dans  l'âme!

 


SOYEZ TOUJOURS DANS LA JOIE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

 Année C - III Advent (Lc 3, 10-18)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

       “Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes” (Fil 4, 4) 

       

      Le troisième Dimanche du temps de l’Avent, traditionnellement dit: “Dominica laetare”, est dédié au thème de la joie, qui imprègne la liturgie d’aujourd’hui. Mais si nous regardons autour de nous, on dirait qu’il n’y a pas de quoi être joyeux. L’indice de la bourse se déplace d’un temps de prospérité vers un temps de crise. Si, d’un côté, nous sommes tellement rassasiés et pleins de choses, que nous ne savons plus quoi inventer, quoi vendre et quoi se faire comme cadeaux, de l’autre, quand la crise arrive, nous ne savons pas comment faire pour payer les impôts, la maison, les courses. L’ample disponibilité de biens superflus provoque un désordre du désir, et n’ayant pas les moyens d’y faire face, on se retrouve en dépression. En effet, nous avons tant de possibilités de vacances et de divertissements, que nous ne savons même pas où aller. Des fois on rit et on trinque en toute allégresse, mais si nous descendons dans la cantine de l’âme, nous nous retrouvons avec un vide abyssal peuplé par les fantasmes de l’inquiétude et de la préoccupation.  

 

       Quand nous prions à l’Église, c’est encore pire: nous ressemblons à des êtres tristes et sans joie, rien de surprenant si les jeunes ne suivent pas. On dirait vraiment qu’on a épousé la tristesse. Aller à la Messe comme s’il y avait une taxe à payer, comme si c’était un enterrement, et de fait il y a des gens qui ne viennent qu’en cas d’enterrement. Sans un lien communautaire, il arrive que certains choisissent l’“intimité”, mais c’est quoi l’ “intimité”, dans un lieu et avec une liturgie prévue pour la prière communautaire? Et pourtant notre histoire personnelle, même chargée de pesanteurs, si mystérieuse et parsemée de douleurs qu’elle soit, est accompagnée par une annonce de félicité. Là-haut, il y a toujours quelqu’un qui nous aime, qui s’approche de nous, et qui veut notre bonheur. Il ne faut donc pas nous laisser aller au désespoir, mais faire appel à l’antidépresseur de l’espérance !

 

      Sophonie dit bien: “Ne crains pas, Sion! Ne laisse pas tes mains défaillir” (3, 14). Saint Paul aussi: “Ne soyez inquiets de rien” (Fil 4,6). Donnons la juste importance aux choses. Ne cédons pas au désespoir. Il n’est pas dit que celui qui croit, qui prie et qui fait pénitence, doit montrer nécessairement le visage triste de quelqu’un qui a de gros ennuis! Saint François d’Assise, le “bouffon de Dieu”, avec les stigmates du Christ dans sa chair, est l’être le plus heureux de l’univers! Comme dit le proverbe: “un saint triste, est un triste saint”. “Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes” (Fil 4,5). Votre comportement, votre amabilité, votre style de vie … que tout le monde le sache, que tous voient le Seigneur qui approche! Mais la joie est chose rare, à conquérir avec l’ascèse et le renoncement. Ce n’est pas par obligation, mais par amour. Une maman est une vraie maman parce que elle se donne, et on peut dire de même d’un papa, d’un ami, d’un enseignant, d’un pasteur … La joie est là!

 

      Le faux cadeau est confectionné par l’un, pour anticiper le faux cadeau de l’autre. À la base de cette imposture, la préoccupation de faire bonne impression. Le vrai don est à fonds perdu, il arrive inattendu, et suscite en celui qui le reçoit l’émerveillement de la Grâce, parce que il n’y a rien de plus “gratuit” qu’un Dieu qui se donne, au point que des hommes ne sont pas disposés à croire en lui, ne croyant pas à la gratuité!

    

      Amen

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Le jeûne des yeux

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeC - IIAdvent (Lc 3, 1-6)

 par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés” 

 

         Les sentiers battus par Jean dans le désert sont faits d’attente, de jeûne, de pénitence, de prière, de prédication … Tournons notre regard sur un jeûne particulier: “le jeûne des yeux”. Entrons dans l’atelier d’un moine orthodoxe qui peint une icône. 

 

         Il y a une différence remarquable entre un“tableau” et une “icône”. Un “tableau” se limite à représenter la nature, un événement, une idée abstraite. Celui qui le regarde en reçoit une gratification esthétique: “que c’est beau!” Par contre, une “icône” se fait dans une atmosphère de méditation et de prière. Le moine prend tout son temps, pas pour produire un“résultat”,mais une“rencontre”.Celui qui regarde une icône, retrouve l’Esprit Saint. La posture que les orthodoxes prennent en présence d’une icône, correspond à celle des catholiques à l’égard de l’Eucharistie, ou bien au respect que les réformés expriment envers le texte biblique: il y a le même Esprit!  

 

         En peignant son icône, le moine pratique “le jeûne des yeux”. Par exemple, s’il doit peindre une nativité, combien de pasteurs? Pour les représenter tous, deux suffisent. Deux petits moutons aussi. Il y avait tellement d’anges qui chantaient, à Noël, combien va-t-il en peindre? Deux valent pour tous, bien-sûr! L’iconographe garde l’essentiel, tout en pratiquant“le jeûne des formes et des couleurs”. 

 

         Autre exemple. Je veux faire un “tableau” qui représente la vie d’un saint ermite, assis en prière auprès d’une grotte entourée d’un bois, le soir. Il y a tant d’arbres, un ruisseau à côté, un village et une petite chapelle sur le fond. Il s’agit d’une composition à sujet religieux, bien évidemment, mais il comporte un grand défaut: l’oeil peut tomber sur un détail insignifiant, tel que une fenêtre illuminée de la chapelle, tout en perdant de vue le sujet principal. 

 

         Dans nos relations il en est de même. Par exemple, maman prépare la table. Les enfants sont distraits par leurs jeux vidéo, et le brave papa est en train de travailler au téléphone. Le dîner est prêt, le moment est important, elle cherche à dire quelque chose, mais personne ne l’entend, il y a trop de distractions, trop d’autres choses, trop d’autres intérêts. Changeons de contexte. Un étudiant est en train de préparer son examen. Sur la table, il y a un livre ouvert et un dispositif pour suivre toutes les mises à jour des réseaux sociaux. Doit-on s’étonner, si l’étudiant loupe son examen?

 

         De même, nous nous plaignons d’être stressés, à bout de nerfs, de n’en pouvoir plus, prêts à faire une dépression, mais … trop de travail, ou trop de distractions? Un paysage trop riche, une offre trop diversifiée, un abus des yeux, un désordre du désir et … nous nous retrouvons malades! 

 

         Le remède est dans le désert: comme Jean le Baptiste, comme un faiseur ou un contemplateur d’icônes, nous devons apprendre à nous concentrer sur ce qui compte, ce qui sert, ce qui est précieux !     

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Tenez-vous sur vos gardes

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeC - I Advent (Lc 21, 25-28; 34-36)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

              “Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les soucis de la vie”

       

         Sur les ruines du désastre national d’Israël, en pleine désolation d’exil, alors que la ville est détruite et les gens épuisés par la faim, Jérémie dirige son attention vers ce tout petit détail qu’est un bourgeon qui a germé - de manière surprenante - parmi les décombres: “… en ce temps-là, je ferai germer pour David un germe de justice”(Jér 33, 15). Il est bien vrai que les temps sont difficiles, mais il y a un principe de justice qui nous revient comme un germe. Ça bouge! Toute la justice de la terre est contenue en ce “germe”!

 

         Pour les chrétiens, il s’agit du Christ. De fait, aujourd’hui une nouvelle année liturgique commence, une nouvelle considération de sa personne et de son message. “Adventus” signifie “venue”, ce qui implique le sens de l’attente. De quelle manière? Ce n’est pas la même chose de passer une journée sans attendre personne, ou en sachant qu’à tout instant une charmante visite peut se proposer. Une demi-heure d’attente dans une salle médicale peut sembler une éternité, les gens deviennent nerveux. Ce n’est pas bien d’attendre de cette façon.

 

         Quand le matin nous sommes pris par l’ennui, on s’attend à ce que la soirée soit belle. Le soir venu, l’esprit nous renvoie au souci des tâches à accomplir le lendemain. Il pleut, et nous boudons le soleil. Le soleil vient, et on regrette la pluie. En été, nous avons envie de l’hiver, et en hiver, de l’été. S’il y a une fête, nous y allons avec enthousiasme, mais après, au milieu de tant de gens, comme rien ne se passe et nous ne rencontrons personne, nous nous en allons déçus. Ce type d’attente, cet excès d’attentes, ne satisfait pas! Ce n’est pas comme ça qu’on attend le Seigneur! 

 

         De même, une personne peut passer des années à attendre l’amour, mais quand l’amour sera venu, et il n’y aura plus rien à attendre, il semblera déjà une chose passée, expirée. La jeune fille pense que demain sera heureux par le baiser d’un prince. La demoiselle pense que demain sera heureux parce qu’il y aura quelqu’un qui l’attend à l’autel. La femme mariée pense que demain sera heureux parce que un divorce va lui rendre sa liberté de jeune fille. C’est le dépit du bonheur: dans le moment où on semblerait l’avoir atteint, il glisse toujours plus loin. Quelque chose nous pousse vers un événement ou une rencontre qui devrait se produire, mais que la vie contredit ponctuellement. Si les sentiments sont ceux-ci, il faut juste qu’on finisse par attendre les malaises, les maladies et la mort, mais … est-ce que c’est l’amour qui est faux, ou c’est l’attente qui a été faussée? Je me suis trompée de mari, ou je me suis trompée de ménage?

 

         La Liturgie de l’Avent nous demande de porter une grande attention à notre “paysage interne”, autant dévasté qu’il soit. Laissons-nous impressionner par ce petit germe de justice, plus que par les désastres qui s’y sont produits! Les accidents de la vie, loin de nous entraîner dans un cercle de désespoir ou d’humour noir, nous invitent à une meilleure sobriété. Comme des braves adolescents conscients, lancés à la conquête d’un statut de maturité, apprenons à ne pas trop demander, et à éduquer notre désir, pour atteindre notre but: pouvoir rencontrerle Seigneur, le jour de la décision!

 

         Ce qu’on appelle “la fin du monde”, ou “jour du jugement”, qui sera également notre “fin personnelle”, correspond au jour de “sa venue”. À la fin de notre vie, si nous avons cru en lui, sur cette porte qui se trouve tout au fond, il n’apparaîtra pas le mot: “Exit”, mais: “Entry”. “Sa venue” marque l’entrée dans la vie pleine, celle que nous avions souhaitée depuis longtemps!    

 

Amen

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Huile, farine et Foi

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeB - XXXII Ordinaire(Mc 12, 38-44)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “Cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence: elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout cequ’elle avait pour vivre”

 

         La première lecture raconte l’épisode qui ouvre le cycle d’Elie, le premier des grands prophètes, qui a vécu dans le IX siècle av. J.C,en un temps de grande famine. Le Seigneur l’envoya à Sarepta de Sidon, ville phénicienne, en plein territoire païen. Le prophète parvint aux portes de la ville et constata la grave situation de pauvreté d’une veuve. Il lui demanda de l’eau et du pain. Elle objecta n’avoir plus qu’un peu de farine et d’huile pour survivre, elle et son fils. Elie lui demanda de lui en faire une galette, en l’assurant que la petite réserve ne s’épuiserait pas jusqu’aux prochaines pluies. La femme, faisant confiance à un Dieu qu’elle ne connaissait pas, et dont un prophète étrangerse portaitgarant, n’hésita pas, etau risque de sa vie partagea pour trois ce qu’il restait pour deux. Tout le contraire d’une opération commerciale, où l’on offre“trois au prix de deux”. Ce faisant, la pauvre femme sauva sa vie, celle de son fils, et celle d’un homme de Dieu. 

 

         En prêchant à Nazareth, parmi ses compatriotes qui l’accueillirent avec mauvaise humeur, Jésus ressortit cette ancienne histoire de la veuve de Sarepta, qui eut lieu huit cents ans auparavant, en leur disant que Dieu envoie égalementses prophètes aux païens, qui parfois s’avèrent bien meilleurs que les fils d’Israël. Ses compatriotes en furent tellement contrariés qu’ils essayèrent de le tuer.

     

         La simple et généreuse hospitalité de la veuve de Sarepta, se répète aujourd’hui dans le geste secret de la veuve de l’Évangile. Cette fois, les adversaires de Jésus sont les Scribes, ceux qui enseignent la Loi, qui s’estiment être des guides éminents du peuple, mais dont le comportement est tout à fait répréhensible. Jésus leur reproche leur absence de scrupules et leur fausse religion: “Ils dévorent les biens des veuveset, pour l’apparence, ils font de longues prières”. Les veuves et les orphelins constituaient la catégorie socialela plus faible de toutes. Dans les langues anciennes, le terme “veuf” n’existait même pas. La femme était intégrée dans la société à travers son mari, raison pour laquelle “perdre un mari” voulait aussi dire perdre tout droit et tout soutien. Quand un homme mourait, le premier chacal qui se présentait pouvait bien accaparer les biens de sa maison sous n’importe quel prétexte, par le moyen des instruments légaux de l’époque. Les spécialistes de ce type d’opérations étaient vraiment ces gens qui faisaient montre d’une grande religiosité.

 

         L’épisode de l’obole de la veuve se passe dans l’entrée du Temple de Jérusalem, où même les femmes pouvaient entrer (quand il s’agir d’encaisser, tous peuvent entrer). Le flux des offrandes était si abondant que cela faisait du Temple de Jérusalem une vraie capitale financière de l’Antiquité, au point qu’une fois Pilate, par manque de ressources pour construire l’aqueduc, les confisqua au trésor du Temple. Jésus attire l’attention des disciples sur cette pauvre femme, en déclarant qu’elle a donné plus que les autres, parce qu’elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Les autres, guidés par leur orgueil et leur vanité, donnaient leur superflu, alors qu’elle offrait à Dieu son unique moyen de survivre, sans se faire remarquer.Celui qui fait le bien pour être loué et reconnu, en acquérant des mérites devant les hommes, les perd devant Dieu. De même, les soi-disant “bienfaiteurs”qui passaient au milieu des places publiques, étant donné que la place s’est médiatisée, vont à la télé pour se faire sponsoriser au travers des bonnes actions qu’ils prétendent accomplir. 

 

         Quant à nous, un éloge nous excite, autant qu’une petite critique nous déprime. Nous sommes comme des “adolescents perpétuels”et avons toujours besoin de la considération d’autrui. Mais le bien béni par Dieu exige un coeur détaché, généreux, humble! La veuve de Sarepta mérita d’héberger un prophète de la stature d’un Elie. Pas besoin de grands moyens: un peu d’huile, de farine et de foi suffisent!

Amen

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Le grand commandement

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année B - XXX Ordinaire (Mc 12,28b-3)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “ ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieude tout ton cœur, de toute ton âme,de tout ton esprit et de toute ta force’. Et voici le second [commandement] :‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’.Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là’ ”

      

         Le plus grand “commandement”est celui de l’amour, mais si on y réfléchissait en profondeur, l’amour est-il un “commandement ?” Est-ce qu’on peut “commander” à l’amour ? L’amour ne consiste-il pas en un enchantement spontané plein de désir, bonheur, délicatesse, courtoisie ? L’amour n’habite-t-il pas des lieux fleuris et parfumés, comme disent les poètes ? Quel rapport avec un “commandement”, là-dedans ? 

 

         Et encore : qu’est-ce qu’il vaut mieux, “la loi de l’amour”, comme l’Évangile nous le demande, ou “l’amour de la Loi”, comme des fervents religieux observants voudraient imposer ? En effet, si hier on travaillait beaucoup avec l’idée du devoir, de la morale et du châtiment divin, la notion actuelle de l’amour est devenue assez floue, on pourrait faire n’importe quoi, et dire que“c’est de l’amour”.

 

         Selon les paroles de Jésus, la “loi de l’amour” ressemble beaucoup à la “règle d’or” que les hommes ont conçu en tout lieu et en tout temps : “ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’il soit fait à toi même”. De manière évangélique : “aime ton prochain comme toi-même”. Jésus nous place devant un miroir qui s’appelle : moi-même, face auquel on ne peut pas se mentir ! Si j’ai un bouton sur le nez, je peux bien utiliser une crème pour le cacher aux autres, mais mon miroir ne se trompe pas, il sait bien que ce bouton est là, il me le montre, forcément !

 

         Aimer son prochain “comme soi-même” est bien difficile, parce qu’il suppose un amour de soi qui soit “sain”,et en fait, nous qui sommes des adultes, nous sommes comme des adolescents qui ne sont pas tout à fait disposés à accepter leurs boutons, nos limites. Nous nous détestons pour notre aspect physique comme pour des actions ou des erreurs que nous avons fait par le passé. Nous ne réussissons pas à nous pardonner nous-mêmes, quand Dieu lui-même nous a déjà bien pardonné. Nous ne savons pas nous aimer de façon juste, et cela se transforme en agressivité envers les autres. Chaque fois qu’il y a un acte violent, la raison de cet acte est dans un manque d’estime de soi même. Le séisme de la violence a son centre de gravité en un manque d’amour, de la part du violent. 

 

         Même discours en ce qui concerne la reconnaissance de l’embryon, c’est à dire son “statut d’être humain”. Il y a cinquante-huit ans, “j’étais un embryon, et si tu me touches, tu me fais du mal, donc ne me touche pas”. En vertu de la règle d’or, la Loi publique devrait pouvoir dire : “ne touchez pas l’embryon”. Toutefois, il y a quelque décennie, la Cour de Justice Européenne a interdit le brevet et l’usage expérimental ou commercial des embryons humains. Souci humanitaire ? Pas du tout : le simple fait de pouvoir congeler des embryons pour pouvoir les utiliser même après la mort des parents biologiques, pose des problèmes énormes, insurmontables, du point de vue juridique, financier et patrimonial.  

 

         Un dicton de saint Augustin est très célèbre : “aime, et fais ce que tu veux”. Une phrase qui se retrouve un peu partout, superficiellement, même dans les magazines féminins. Tous sont d’accord à la signer, comme si c’était un laissez-passer pour tout se permettre, tant qu’il y a de l’amour. 

 

         Un acteur porno ou une star du porno, par exemple, diront que leur travail se justifie bien pour “aider”des personnes à la libido devenue moche, éteinte. Ce monde est bien étrange : si au marché on nous présente un vin frelaté, tous crient au scandale et veulent leur argent en retour, et en même temps nous avons accepté, pour nous et pour nos jeunes, toute adultération de l’amour. Il y a des perversions de l’amour que l’on fait passer avec l’étiquette de l’amour, et nous ne disons rien. 

 

         En réalité, saint Augustin sous-entendait toute autre chose. C’est lui-même qui nous en explique le sens.Il y a des moments dans lesquels il est impossible de savoir quelle est la chose juste à faire : parler, ou se taire ? Si je parle, je risque de perdre la relation avec le frère. Si je me tais, de même. Corriger une personne, ou laisser passer ? Voilà une règle que vaut bien dans les deux cas : “aime, et fais ce que tu veux”. Si tu parles, tu parles par amour. Si tu te tais, tu te tais par amour. C’est bien simple, non ?

 

         En vérité, ça prend“peu”pour adultérer et ruiner l’amour, c’est pour ça qu’il doit être offert “tout”,à Dieu : cœur, âme, esprit, force !         Alors on peut bien “commander” à l’amour, même plus : “on doit” commander à l’amour, sinon il devient toute autre chose !

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QUE JE RETROUVE LA VUE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année B - XXX Ordinaire (Mc 10, 46-52)

par Andrea De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis    

 

 

         “Jésus lui dit: ‘Que veux-tu que je fasse pour toi?’ L’aveugle lui dit: ‘Rabbouni, que je retrouve la vue! Et Jésus lui dit:‘Va, ta foi t’a sauvé” 

      

         La cécité de Bartimée est la métaphore d’une cécité bien plus grave, celle de l’esprit. Une personne en bonne forme physique peut avoir l’œil d’un faucon, mais s’il perd la foi en Dieu (ou la bien plus laïque confiance en l’Autre), il “perd la vue”, ils’investit mal, il plonge dans un véritable chaos existentiel. Dante Alighieri, Poèteimmense, “au milieu du chemin de notre vie” se retrouva “dans une forêt obscure, comme le droit chemin s’était perdu …” Il devait s’agir d’une crise morale, quelque chose dont il ne rapporta pas les détails, par pudeur. En cette circonstance, le poète trouva deux guides qui l’ont aidé à sortir de son pétrin: Virgile, qui l’accompagne “à travers ce lieu éternel, tout plein de cris de désespoir, poussés par d’anciens esprits douloureux…” et Béatrice, qu’il a rencontré très jeune, puis morte en son jeuneâge, mais qui, à présent, l’accompagne “au peuple béni”, en devenant l’incarnation de la philosophie, de la foi, de la grâce. Sans ces deux guides-là, la récupération personnelle de Dante n’aurait jamais été possible. Personne ne peut se racheter lui tout seul.

 

         Si nous n’avions qu’une seule petite partie du génie dantesque, chacun de nous pourrait écrire sa “Comédie” personnelle. Avec la “crise de moitié de vie”, qui ressemble tellement“au milieu du chemin de notre vie”, nous devons faire face aux promesses brisée et aux désillusions de la jeunesse fugace. La “iuventus” des années vertes doit faire place à la “gravitas”de l’adulte, c’est à dire à la capacité de la personne de s’engager dans des décisions “graves”, réfléchies, sérieuses, qui donnent preuve de maturité. Il y a un prix à payer pour accéder à l’âge adulte. Si ce passage ne se fait pas, si les personnes persévèrent à se comporter comme des jeunes gens, c’est un véritable désastre: combien de regrets et de remaniements de relations qui n’aboutissent jamais à rien! La vie devient une succession d’événements surtout négatifs, sans liens entre eux. La personne ne voit pas le rapport, ne saisit pas l’attache, il lui manque le sens: elle devient aveugle ! 

 

         Les expériences tant vantées et si téméraires du“carpe diem”,non réfléchies, non interprétées, non spiritualisées, finissent par alourdir et peser sur la conscience. En fait, quand une personne n’est pas bien, elle parle d’elle-mêmecomme s’il s’agissait d’un feuilleton dont l’on sait jamais ni le commencement, ni la fin. La personne semble paralysée par son “mal subi”, ou qu’elle dit avoir subi. Cela l’amène chaque soir à faire l’inventaire de tout ce que “les autres” lui ont fait, sans se rendre compte de ce que en réalité“elle-même”a fait subir aux autres.

 

         D’où, la nécessité de réaliser une rencontre avec le Seigneur, afin “qu’il ouvre les yeux”, comme à Bartimée. Cela est possible grâce à un guide, un directeur ou père / mère spirituelle qui sache se mettre à l’écoute, accueillir ce qu’il y a en la personne, l’ouvrir au sens de sa présence au monde, indiquer une direction, un objectif. Le père spirituel adopte le regard sur le Père Céleste, et la personne voit que dans sa vie brisée, en réalité, il existe un fil qui relie toute chose, un “crochet” recherché avec tant de persévérance: l’immense amour d’un Père qui l’aime! Aujourd’hui le mot “directeur” paraît moins accepté, parce qu’il est compris de manière équivoque. “Diriger” semble sous-entendre “forcer”, “limiter” la conscience. Ainsi, préfère-t-on avec plus de douceur parler d’“accompagnement spirituel”. Mais la subtilité est parfaitement inutile, d’une part, car les deux termes sont équivalents (comme “éboueur” et “employé aux services de la voirie”), d’autre part, parce que l’on peut manipuler la conscience d’autrui tout en étant un “accompagnateur spirituel”.

 

         En tout cas, s’aventurer seul - sans une “direction”, comme je l’explique - dans les chemins de l’esprit, signifie prendre de grands risques de tomber dans le désarroi, les déviations, les anomalies. Il est des personnes qui, en interprétant mal leurs “besoins spirituels”, errent ici et là, à la recherche d’expériences fortes, comme des adolescents immatures qui ne sont pas réellement intentionnés de voir résoudre leurs problèmes, et confondent leurs humeurs avec les manifestations de l’Esprit Saint. Ainsi, les personnes qui se veulent vraiment spirituels ne savent pas - et s’elles  le savent, ne le disent pas - si elles le sont réellement. Parler de spiritualité avec la force de l’émotion est en fait la recherche d’un compromis charnel. C’est pourquoi, ceux qui imprudemment adhèrent avec enthousiasme à n’importe quel type de mouvement spirituel ou de prière, tôt ou tard se montrent déçus, amers et peuvent même perdre la foi, à cause des illusions et des tricheries trouvées le long de ce chemin. 

 

         Heureusement ce n’est pas toujours le cas, et toi tu peux sérieusement rencontrer le Seigneur, grâce à une personne avisée, à un directeur patient, ou à un guide spirituel qui t’attendait là au moment où il était nécessaire de faire franchir le passage et de changer d’horizon. Quand tu rencontres le Seigneur à la manière de Bartimée, ta vie change. Les autres feront tout pour l’empêcher. Les autres ne t’appellent que quand ils ont besoin de toi, mais si c’est toi qui as besoin d’eux, personne ne t’entend. Bartimée cherche de l’aide, et les autres le grondent pour qu’il se taise. Ils préfèrent voir sa misère rester cachée, afin de légitimer leur état de tranquillité d’esprit. Mais Bartimée ne s’intéresse à rien de ce qu’ils disent, au contraire: il crie plus fort! C’est pour cela que Jésus le déclare guéri : “ta foi t’a sauvé”. Cela veut dire que la foi et la maladie étaient en couple, et que le début de la guérison, la foi, se situait à l’intérieur de la crise elle-même. La réponse à tes problèmes c’est toi, mais ça, tu ne le vois pas. Il y faudra un autre pour te permettre de t’en sortir.

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