Les sentiers de la Parole

Chemins parcourus par les brebis en recherche de nourriture à travers la montagne. 

Salut ! Bienvenue pour marcher à mes côtés sur les sentiers de la Parole de Dieu. Je te propose chaque semaine, au rythme de la liturgie, une réflexion à partir des lectures du dimanche. 

 

Abbé Andrea De Vico

Adepte de trekking, en montagne et ... dans  l'âme!

 


EN FLAGRANT ADULTÈRE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année C - V de Carȇme (Gv 8, 1-11)                                                       

par André De Vico, prêtre  

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus” 

 

      Jésus est en train d’enseigner au Temple, et voilà que le cercle des auditeurs s’ouvre pour laisser passer une femme, bousculée par une meute de scribes et pharisiens, qui ont trouvé une nouvelle occasion pour mettre Jésus à l’épreuve, “afin de pouvoir l’accuser”. Á l’époque, le péché d’adultère n’avait pas de possibilité de pardon. La question posée par les pharisiens n’est pas sincère, elle cache un piège. Si Jésus répondait qu’il ne faut pas la lapider, il se mettrait contre la Loi de Moïse; s’il disait que oui, il contredirait la foule des “pécheurs”, ses amis, qui étaient là présents en grand nombre, qu’il avait réunis autour de lui et qu’il fréquentait régulièrement.

      

      Il est bien étrange qu’ils n’arrȇtent qu’elle. Pour commettre un adultère, il faut être deux, mais évidemment la loi ne condamne pas de la même manière les beaux mâles qui s’en sortent toujours. Quand on fait le compte des responsabilités, la balance penche complètement du coté de la femme. Par conséquent, la femme est traȋnée et malmenée  jusque là entre rires, paroles et mauvaises blagues, devant tout le monde, là où Jésus enseignait. Elle est mise au milieu de la scène, bien en vue. Et lui, pour ne pas humilier davantage la pauvre femme, simule une certaine inattention, il se courbe, il se penche sur le sol, il fait semblant de rien, il écrit quelque chose dans la poussière. Peut être qu’il ne veut par alourdir les responsabilités de la femme avec un regard de reproche, il ne veut pas “tuer” le peu d’estime de soi qui reste chez elle. Qu’est-ce qu’il écrit, Jésus? Le jugement, évidemment! “Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit: ‘Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre’ ”. Un jugement qu’ils n’attendaient pas, qui les laisse sidérés. D’un seul coup, Jésus soulève le couvercle de la conscience de chacun, il renverse le jugement, qui ne regarde pas la femme seulement, mais qui les regarde tous. Lui sait ce qu’il y a dans le coeur de chacun, ils ont donc peur que leurs mauvaises affaires soient révélées. On peut penser que Jésus écrit par terre les péchés des accusateurs. En effet, ce sont ces péchés-là qui fournissent une motivation de jugement favorable à l’égard de la femme. Peut être bien que, parmi les accusateurs, il y a quelqu’un qui par le passé a tiré profit des bons services de cette femme. 

 

      Le silence devient alors lourd et insupportable, et ils commencent à s’en aller, “en commençant par les plus âgés”. Bien évidemment, ayant vécu plus longtemps, ils ont plus de choses que les jeunes sur leur conscience. La tension baisse, le tribunal se vide. Il ne reste plus que le juge et l’accusée qui restent debout, lui libre, elle libre. Le moment est venu de la regarder dans les yeux. Il lui parle, l’appelle avec honneur: “femme!”, comme il le fera avec sa mère. Elle était candidate à la lapidation, terrorisée, en attente d’exécution imminente. Désormais elle peut s’en aller, retourner à la vie, rentrer à la maison: “Va, et ne pèche plus”. Jésus n’approuve pas le péché. L’adultère n’est jamais bon, parce qu’il met la personne dans une position de non-vérité, la contraignant à mener une double vie. L’adultère dévaste les relations, l’état d’esprit des personnes concernées, leurs familles, leurs économies. De même, Jésus n’approuve pas le péché de celui qui s’arroge un rôle de censeur des péchés d’autrui. La lapidation n’existe plus, mais les mots sont capables de faire pire, avec les critiques, les calomnies et la boue lancées par les médias en toute direction. Quand l’opinion publique espionne les péchés d’autrui, cela veut dire qu’elle est impliquée. Le péché de celui qui accuse, peut être pire que celui de l’accusé, et l’adultère est commis par ceux qui le commentent aussi bien que par ceux qui le font!

 

       Amen

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LA PARABOLE DE LA MISÉRICORDE DU PÈRE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année C - IV de Carȇme (Lc 15, 1-3.11-32)                                                

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai: ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers’ ” 

 

      Dans le catéchisme nous avons connu ce récit sous le titre: “La parabole du fils prodigue”, vu comme un discours moralisateur qui invite les pécheurs à rentrer à la maison du Père, que serait l’Église. Mais Jésus voulait dire autre chose, et si on voulait donner un titre plus exact à ce récit, ce devrait être: “La parabole de la miséricorde du Père”. Superficiellement, il est vrai que le protagoniste de l’histoire est ce fils indigne qui fait son retour. En fait, si on y approfondit le texte, la parabole met en évidence l’action d’un père - Dieu - par rapport à ses deux fils: l’ainé, apparemment resté fidèle, et le deuxième, qui se perd, avant de revenir. Voyons ce qui se passe. 

       

      Dès le début, le récit montre une certaine tension entre ces deux frères, un air de tempête. En fait, le deuxième décide de partir, non pas à cause du père, ou parce que la maison lui parait trop étroite, mais à cause du grand frère avec sa dévotion servile aux ordres de son parent, son application maniaque au travail, ses droits de premier né rappelés à tout instant … Ce grand frère est à l’origine de ce conflit, et il est devenu tellement insupportable que cela pousse l’autre à la fuite. Ce père se retrouve devant un fils qui réclame sa part d’héritage pour s’en aller, et l’autre qui reste à la maison cultivant une méchanceté envieuse contre son petit frère. On le voit tout le temps occupé au travail, à gratter la terre, obsédé par les revenus de l’entreprise familiale. En effet, quand l’autre revient, il rappellera à son père: “il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis”. Evidemment, c’est sa mauvaise conscience qui parle: rien ne l’empêchait de faire la fête, sinon l’attachement au travail, mais comme le frère revient, il crache sa jalousie à la figure de son père, comme s’il était à l’origine de son malaise.   

 

      Dans la parabole, ces deux champions de fraternité ne se rencontrent jamais, ou alors ne se voient qu’une seule fois, lors du partage de l’héritage. Le fils indigne, au sommet de sa vantardise, se retrouve dans la misère la plus noire. Que lui reste-t-il? Le souvenir! Et de quoi se souvient-il? De la maison, du pain frais, de la table, des ouvriers qui ont la chance de planter les crocs dans une belle brioche qui sort du four … Il se souvient également du père - en tant que père, non - parce qu’il a déjà décidé de se déclasser, en se proposant de devenir un ouvrier. Par contre du frère aîné, aucune allusion. Quand, réduit à l’état de mendiant, il se présente à la maison, l’autre refuse d’entrer.  

 

      Jésus raconte cette histoire pour pouvoir se défendre de ses adversaires qui l’accusaient publiquement de fréquenter les pécheurs, les prostituées, les percepteurs d’impôts … Il dit que Dieu est fait comme ça: d’un côté, il attend le retour du “pécheur repenti” - même si sa repentance n’est pas totalement sincère - et de l’autre, il cherche à convaincre le fils “fidèle” qui au retour de son frère refuse de rentrer à la maison, rongé par la terrible morsure de la jalousie. Á ce point là, scribes et pharisiens comprennent qu’il s’agit d’eux, si bien représentées dans l’image du fils ainé. L’auto-défense de Jésus fonctionne de manière brillante: “si Dieu fait ça, je suis aussi autorisé à le faire!” Grands applaudissements d’un côté, et envie noire de l’autre. L’histoire ne dit pas si l’aîné est finalement rentré dans la maison, en acceptant le retour de l’autre. Pratiquement, Jésus dit à ses adversaires que la fin dépend d’eux: “vous qui aimez tant la religion et vous observez la loi de Dieu, êtes-vous disposés à entrer dans son Royaume, avec toutes ces gens que vous détestez?”   

 

      La question nous concerne directement. Les églises se vident et les pratiques religieuses se raréfient. Ceux qui s’en vont, accusent l’hypocrisie de ceux qui restent. Les jeunes se dispersent, et les esprits les plus brillants s’indignent pour la mauvaise image de l’Église actuelle. Tout ce qu’il reste, c’est une religion suspecte, épuisée, routinière, stérile et sans futur.  

 

      De cette façon, d’un côté, il y a ceux qui - come le fils mineur - abandonnent l’Église et la foi, même avec douleur, sans vouloir s’engager en une morale, qui à leur avis limite leur liberté, sans se poser trop de question et devoir en rendre compte à quelqu’un. Ils se fient à leurs ressources, et ils s’abandonnent à toute sorte de désordre et de sensualité. De l’autre, voici ceux qui ressemblent au frère aîné, les pécheurs convaincus de ne pas être tels, qui pensent être toujours du bon côté, d’être les premiers, de n’être pas nécessiteux d’une conversion, d’être autorisés à juger le prochain au nom de Dieu. 

 

      La catégorie des “catholiques pratiquants” est plus proche du modèle pharisaïque du fils aîné. En effet, certains “pratiquants” écoutent la Parole de Dieu tous les dimanches, manifestent un attachement exagéré à l’Église, aux traditions et aux cérémonies de la communauté, mais en dehors de l’Église ils ne reconnaissent pas cette Parole dans le visage de leurs frères. Ils posent des actes religieux et des prières qui ne se traduisent pas en actes de miséricorde et de charité. En dissociant le culte de la vie, ces frères aînées qui se croient être les premiers, au lieux de faire le bien, génèrent d’immenses dégâts à l’Église: à la fin de la Messe, la vie c’est  autre chose.   

 

      Pour finir, il y a deux manières de commettre un péché: abandonner l’Église, et y rester. Il est donc inutile de pleurnicher à toute occasion pour les églises qui se vident et les gens qui ne collaborent plus, ou de penser en termes de “catholiques pratiquants” ou de “catholiques non pratiquants”, alors que le vrai problème est ailleurs. Il se cache dans cet affreux “vide d’humanité”, “vide de fraternité”  tant de la part de deux fils d’un même père.     

  

    Au-dessus de tout, il y a le drame de ce Père - Dieu - qui n’est pas en mesure de mettre la paix entre ses fils. Et alors que ce soit à cause de la famine, de la crise financière ou du trou dans l’estomac, peu importe tant que cela nous aide à réveiller nos consciences. D’un point de vue de la foi, la valeur suprême est la miséricorde, et d’un point de vue laïque, la tolérance. Ainsi on pourrait dire que “miséricorde et tolérance” sont le bras droit et gauche de Dieu, qui veut embrasser tous ses enfants: ceux qui se sont perdus, et ceux qui sont restés, ceux de gauche comme ceux de droite! 

   

      Amen

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L’EFFONDREMENT DE LA TOUR

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année C - III de Carȇme (Lc 13, 1-9)                                                         

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort? Eh bien, je vous dis: pas du tout! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même”   

       

      Jésus est confronté à deux épisodes de faits divers: une répression brutale, et un accident tragique. Il y eut une révolte de Galiléens qui refusèrent d’obéir à Pilate qui, pour des motivations d’ordre public, avait interdit les sacrifices d’animaux égorgés. Mais le fanatisme religieux est pire que les hooligans du football, ou qu’une manifestation violente de gilets jaunes. Ces Galiléens-là ne voulurent rien savoir, et ils accomplirent quand même leurs rituels de sang. En guise de sanction pour leur désobéissance, Pilate égorgea ces fidèles obstinés, “mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient”. Une scène horrible: du sang humain et du sang animal mélangés ensemble! Il n’y avait rien de pire, pour un fidèle obsédé par les rituels de sang et cette idée récurrente de “purification”. Une mort qu’aucun hébreu n’aurait jamais osé le moins du monde s’imaginer!   

 

      Deuxième épisode: il y eut l’effondrement brutal d’une tour du Temple qui tua dix-huit ouvriers qui travaillaient à sa construction. Une belle reconnaissance, de la part d’un Dieu qui enterre ceux qui travaillent pour lui sous un tas de décombres! Et encore, ces gens qui partirent en pèlerinage chez Padre Pio et moururent dans le bus précipité du haut du viaduc! Quel genre de Dieu avons nous-là, qui fait mourir ses fidèles écrasés comme des rats?      

 

      Quand des faits similaires arrivent, l’opinion publique, normalement distraite par des choses bien futiles, se lance dans des grandes questions théologiques: “qu’ont-ils fait, ces pauvres gens, pour subir un sort si terrible?” On y donne différentes réponses: “Dieu est cruel, Dieu ne prend pas soin des hommes, Dieu n’existe pas”. En Israël, au temps de Jésus, on trouvait une réponse encore plus avantageuse et accomodante: si Dieu les a châtiés, cela veut dire qu’ils étaient des pécheurs, qu’ils ont payé pour les péchés de leurs parents ou de leurs ancêtres.     

 

      De mȇme, les titres des journaux, pour donner une couleur intéressante à un fait divers, et monter le degré de l’attention d’une opinion publique devenue de plus en plus insensible, utilisent des termes théologiques, et parlent de ce “maudit” pont qui s’est écroulé, de ces innocentes “victimes” sur les routes du samedi soir après un bal en discothèque. Il y a une propension diabolique à voire dans les disgrâces d’autrui le doigt pointé d’un Dieu qui juge et assigne des punitions et des peines capitales. Après tout, “ils l’ont cherché, ils l’ont mérité”. Au fond, rien de mal: si ça n’arrive qu’aux autres, si j’ai survécu et je n’ai pas été impliqué, cela veut dire que je suis un brave homme, et que le bon Dieu a fait un miracle pour moi. Le malheur des autres atteste de ma bonne conduite. Après tout, si cette fille avait voulu éviter le viol, elle n’avait qu’à rester chez elle, éviter les vêtements sexy.    

 

      Jésus n’entre pas dans le sujet, il n’a pas d’intérêt à vouloir déterminer la racine du mal qui se manifeste dans les faits divers. Mais à sa manière, il donne une réponse: “croyez-vous que ces gens étaient plus pécheurs que les autres? Non! Si vous ne vous convertissez pas, vous connaîtrez tous le même sort!” Cela signifie que, dans les faits divers, il est inutile de faire un procès à un Dieu qui n’intervient pas. Par contre,  je dois me remettre en question, car cela me concerne:  j’aurais pu moi aussi me trouver sous ce tas de décombres! Alors, le moment est venu de me convertir, “maintenant”, parce que, si quelque chose devait vraiment arriver, qui me donnerait une seule minute pour me préparer, pour laisser mes affaires en ordre? 

 

      Dans la création il n’y a pas de malédiction, mais toute chose est “bénie” par le geste créatif de Dieu, même si le ciel menace de tomber sur ma tȇte. Ce que l’on appelle: “victimes”, en réalité ne sont pas des vraies “victimes”, parce qu’aucune divinité, à partir de l’époque d’Abraham, n’est autorisée à toucher le prix du sang humain pour satisfaire l’envie et la haine contre le Créateur. La “malédiction” sort du coeur humain et reste collée à la langue de la personne qui ose la prononcer: “mau-dire” est un “dire-du-mal”. Alors, si je devais mourir écrasé par une voiture ou précipité dans un ravin, ce serait sans doute une chose sérieuse, mais la vraie disgrâce n’est pas là. Le vrai malheur se déroule dans le coeur humain, quand il dit: “non!” à sa conversion!    

 

      Il n’est pas de lieux “maudits”, ni de “victimes” du sort, mais tout lieu est béni, même s’il y a eu une tragédie. En y passant, je suis invité à réfléchir, à changer ma façon de penser, à poser une fleur, une prière. Si ça arrive aux autres, ça arrive à moi. Ça c’est un “bien-dire!”, une “bénédiction!”

 

      Amen

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LA MONTAGNE DE LUMIÈRE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année C - II de Carȇme (Lc 9, 28-36)                                                         

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

     “Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem”  

 

      Après un brusque début du Carême, avec les tentations de Jésus, voici une page lumineuse, un chemin à faire, une montagne à gravir. Sur le lieu de la Transfiguration, nous découvrons la surprenante présence de Moïse et d’Élie, les plus hautes autorités de l’Ancien Testament, vécues respectivement au treizième et  neuvième siècle avant J.-C. Que font-ils là, les deux, ensembles? 

 

      Bien évidemment, les deux personnages représentent la Loi et les Prophètes, qu’une longue tradition avait déjà paisiblement jumelée dans le Livre de Dieu. Leur remarquable présence au Tabor signifie l’attente d’Israël qui s’accomplit dans la personne de Jésus: ils viennent lui rendre hommage! Ce ne sont donc pas des momies ressuscitées, ni des fantômes matérialisés, ni des entités réincarnés: ils sont bien vivants, vivants, vivants, et si bien assimilés à la gloire de l’Éternel !!! Toutefois, leur statut d’êtres si anciens et vénérables ne leur empêche pas d’avoir un … intérêt sincère pour l’actualité: ils sont en train de parler avec Jésus de choses graves qui vont se produire, avant l’imminence de Pȃques. Ils sont venus à la veille de ces événements pour le soutenir, pour lui donner le courage nécessaire.

 

      Le tout se passe devant les yeux stupéfaits de quelques disciples, futurs témoins de la nuit la plus noire du monde, de l’abandon le plus terrible de l’univers, comme pour dire: au moment du Golgotha, n’oublie pas le Tabor! Et dans toute souffrance, accroche-toi au petit grain de la gloire qui sera là, dans la souffrance elle-même, comme le principe de la guérison se cache dans la maladie! On voit ici une anticipation de la résurrection, un avant-goût de la résurrection que Jésus offre à ses intimes (donc à nous), pour qu’eux aussi, forts de cette vision anticipée de sa gloire, continuent leur chemin successif, dans l’histoire! Pierre voudrait demeurer indéfiniment dans cette extase céleste indescriptible, mais il est soudainement incité par Jésus à retourner vers le bas, dans la vallée. 

 

      Il en est ainsi de toute expérience mystique authentique: un éclair de lumière occasionnelle, qui vient quand on s’y attend le moins. Pour le reste, tout se ramène à la vie quotidienne normale. La mystique n’est pas un luxe pour des âmes exceptionnelles, elle pourrait même s’avérer démoniaque. Si on ose demander - ou tout simplement désirer - des dons ou des révélations mystiques, en réalité on ouvre la porte à tout esprit, et on se rend disponibles à toute sorte de manipulation de leur part. Toute pratique et connaissance médiumnique et ésotérique, très à la mode aujourd’hui, à la longue, s’avère malavisée et trompeuse. Si, par la grâce de Dieu, quelque don - ou révélation - arrive, il faut l’accepter avec reconnaissance, mais sans rien demander d’autre, et sans oser aller plus loin. Le vrai chemin mystique est la vie elle-même, cette traversée du désert, cette nuit obscure, déjà si bien garnie de mystères et de douleurs durs à travailler!

 

      “Plus de lumière”, aurait dit Goethe en mourant. Aujourd’hui, on enregistre des témoignages de la part de certaines personnes qui, après une dramatique expérience de coma et réanimation, font le rapport d’une “rencontre” avec une lumière divine, ou des êtres de lumière, après avoir traversé un tunnel obscur. De manière sceptique, on pourrait avancer l’hypothèse d’un spasme banal du nerf optique, ou l’effet lointain d’un traumatisme de naissance (le tunnel est le canal de naissance). Mais qu’ont-elles vu ces personnes qui se réveillent du coma? Un ange du Seigneur, un Christ, un Bouddha? 

 

      Eh bien, les expériences de ce genre-là, d’un côté, sont souvent en contradiction par elles-mêmes, comme les songes que l’on fait la nuit: ils sont bien réels en tant que songes, mais il nous est pratiquement impossible de leur donner une cohérence intime. Ces expériences ne peuvent donc rien apporter d’objectif autour l’existence de Dieu, de l’âme ou de l’“au de là”. En aucun cas on peut les traiter comme des preuves scientifiques, ou des argumentations théologiques, comme appui des vérités ultimes (mort, jugement, enfer, paradis), même si elles sont rapportées par des personnes équilibrées et dignes de foi. 

 

      D’un autre côté, ces expériences font partie d’un vécu personnel très important, elles ont une grande valeur humaine, elles constituent un témoignage sincère, à respecter et à considérer. Elles peuvent même être en mesure de susciter un véritable changement positif pour les jours qui restent à vivre: plus d’empathie, plus d’amour envers les autres. Nous devons donc dire “merci” aux personnes qui ont le courage de les raconter. Mais la conversion et la foi ne dépendent pas de cela. Pour un chrétien, la meilleure voie se cache dans la prière et dans l’attente liturgique du retour du Christ.  

 

      Après tout - pourquoi pas? - ce pourrait bien être le nerf optique. On pourrait même mesurer l’intensité de ce spasme et lui attribuer une grandeur, une statistique, mais il nous est aussi facile d’affirmer qu’un constat scientifique n’enlève rien à la valeur humaine de l’expérience. Bien au contraire, la science la rend d’autant plus significative: cela veut dire que la chimie et la matière organique également participerait à l’événement humain? Et mourir, n’est pas naître une deuxième fois? Dernièrement, ce sont les neurobiologistes qui ont pris le relais sur les grandes questions du psychisme humain, mais il n’y a rien à craindre: la science nous donne toujours plus d’arguments en faveur de la spiritualité de l’être humain, au fur et à mesure que les connaissances augmentent. 

 

      Un être humain qui brille comme le soleil? C’est l’anticipation d’une gloire qui nous attend! Un visage lumineux, ouvert à un sourire gentil, a quelque chose de divin: il est un signe de bonne conscience, tandis qu’un visage assombri par les mauvaises actions, ne fait que démasquer une existence vouée aux sombres et basses régions de l’esprit. L’ancien hymne “Adoro te devote” se termine par ces très beaux vers: 

      

      “Jésus, sous un voile je te vois ici, que tu réalises mon vœu je t’en prie: que je voie ta gloire révélée enfin, le bonheur de cette vue est mon seul destin!”

 

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LE TRAVAIL DE LA TENTATION

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

               Année C - I de Carȇme (Lc 4, 1-13)                                                            

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis

 

 

      “Jésus, rempli d’Esprit Saint … quitta les bords du Jourdain; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable …”   

  

      Satan n’a pas de queue, ni de cornes, comme nous nous le représentons: il se présente plutôt comme un personnage fascinant, avec un costume élégant, un regard perçant, capable de lire mon cœur, mais sans pouvoir lire dans le sien. Tout le contraire de Jésus, qui lit, et se laisse lire. En le rencontrant dans le désert, pour dissiper un doute, Satan lui pose une question: “es-tu le Fils de l’Eternel?” En effet, d’après son estimation, dans le monde c’est lui qui commande: que vient donc faire ici le Fils de Dieu? Les hommes ne comprennent que l’argent, le pouvoir et le luxe. Tout au plus, si Jésus veut conquérir les hommes, il doit s’allier avec lui.  

    

      “Jésus, tu es jeune et beau: pourquoi tu ne commences pas par la femme? C’est par elle qu’il faut commencer, comme moi je l’ai fait tout au commencement, quand je l’induis à la désobéissance. J’aurai du la conseiller d’une autre façon, j’aurai pu en faire un meilleur instrument pour vaincre Dieu, mais j’étais trop pressé et j’ai failli. Alors, mon cher, profite de mon expérience, écoute-moi, choisis pour toi une compagne, et là ou tu n’arriveras pas, elle va y arriver. Adam eut son Eve, et toi pourquoi pas la tienne? Tu sais pourquoi l’homme aspire à la richesse et à la puissance? Pour posséder la femme, et la montrer aux autres comme trophée de sa réussite! De son côté, la femme est comme l’alouette, elle n’est attirée que par le scintillement des bijoux, par la force virile, par l’uniforme. Tous les maux du monde, tous les milles délits aux différents visages, sont provoqués par la faim féminine de posséder l’objet. L’âme d’une femme est toujours brulée pas un désir que l’homme ne satisfait pas, ou ne satisfait plus. Va chez la femme, si tu veux savoir qu’est-ce que c’est que la vie!        

 

      Mais ces arguments, avec Jésus, ne fonctionnent pas; ils sont clairement faux, la femme n’est pas du tout cette harpie vorace que Satan décrit! Jésus estimera la femme d’une manière surprenante et positive, on le verra. Malheureusement, beaucoup d’hommes pensent à la manière de Satan, et agissent en conséquence. Comme l’argument n’a pas d’emprise sur Jésus, Satan cache sa crise de nerfs et change de ton: “Ah, stupide que je suis! Tu as faim, et je te parle de la femme! Après quarante jours de jeûne, un homme peut-il penser à la femme? Et alors, regarde ces pierres: si tu es le Fils de Dieu, transforme-les en baguettes de pain, et rassasie-toi!” Jésus réponds sèchement: “Tais-toi, l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu”.

 

      Satan voit qu’il n’arrive pas à le faire plier, il brûle de rage, il serre les dents. “D’accord, tu es au dessus des nécessitées matérielles, et ça te dégoûte de te servir de moi. Je le méritais. Alors, viens ici, et regarde ce qu’il y a dans le Temple. Même les prêtres, règlent leurs transactions avec la chair. Ce sont des hommes, et pas des anges. Fais un miracle spirituel. Jettes-toi du haut du Temple, car il est écrit que si cela arrive, des anges viendront soutenir ton pied. Alors ils t’emmèneront dans la cour principale, devant une foule qui t’adorera comme une popstar. Il est nécessaire qu’ils te voient faire des choses merveilleuses: c’est cela qu’ils veulent!” La réponse de Jésus est d’autant plus forte: “Tais-toi, il est encore écrit: tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu”. 

 

      Satan est au bord du désespoir, il sait bien qu’il est au bout du rouleau, et il tente sa dernière chance. “Mon cher ami, tu sais bien que mȇme une glorieuse apparition de ta personne ne changera pas grand-chose. Le Temple restera un lieu de marché et de corruption. Tu sais bien que le cœur des ministres de Dieu est un nid de vipères qui dévorent et s’entre-dévorent, pour cultiver leur pouvoir. Alors viens, adore-moi, je te donnerai tous les royaumes de la terre! Tu seras le maître du  peuple, des puissants, et même des prêtres! Mais toi, adore-moi juste un instant! Soulage cette soif d’être adoré, cette soif qui m’a perdu pour toujours! Cette soif qui est mon enfer! Un instant seulement, ȏ Christ, toi qui est bon! Un instant de joie à l’éternel tourmenté! Fais-moi sentir ce que c’est qu’être Dieu, et tu m’auras comme dévoué serviteur, pour toujours! Rien qu’un instant, et après je ne te dérangerai plus!” Satan se met à genoux, en le suppliant. 

 

      Ce besoin d’être adoré, exprimé par Satan, ressemble tant à des avances maladroites de type sexuel. En effet, il n’est pas dit que toute manifestation sexuelle soit honnête. Comme toutes les choses de la vie, le domaine sexuel a besoin de discernement. Il ne faut pas induire, ou laisser croire aux jeunes, que tout est possible, tout est faisable, tout est béni. Jésus se lève, il est devenu plus maigre en ces jours de jeûne, il montre un visage sévère: “Arrière, Satan! car il est écrit: C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte”. Et Satan, avec un cri de tourment et de haine indescriptible, se lève d’un bond, et disparait, en laissant derrière lui un hurlement de malédiction. Jésus s’assoit, épuisé, il transpire. Des anges viennent le réconforter, en soufflant sur sa fatigue. Il ouvre les yeux et il sourit, d’une joie qui n’est pas de ce monde ! 

 

      La morale de cette histoire est que Satan se présente avec un habit de bien, avec un aspect commun. Si les gens sont attentifs, et ont des contacts spirituels fréquentes avec Dieu, ils ressentent sa présence, et spontanément se disposent à lutter. Mais si les personnes sont complètement négligentes par rapport au divin, distraites par les commerces charnels, pas aidées par la prière, elles apercevront difficilement le piège, et pourront y tomber. Se libérer sera plus difficile. Satan commence par les voies les plus simples et communes. La partie du ventre et du sexe conquise, il s’attaque au côté moral de la personne: la superbe et la convoitise. À la fin, il s’installe sur la partie la plus noble de la personne: son esprit, en lui arrachant tout respect et considération de Dieu. Á ce point-là, l’homme se livre à Satan corps et âme.     

     

      Comment réagir? Comme Jésus: silence, et prière! La séduction de Satan nous vient comme un taon ennuyeux. Il faut la subir sans impatience stupide, ni crainte vile. Il est bien inutile de se mettre à discuter avec Satan, ou se lancer dans une série de questions car il est dialectiquement subtil. Les arguments ne lui manquent pas: “la femme est tentatrice, l’Église est corrompue, la politique est une chose sale”. Satan connait parfaitement la psychologie humaine, les Écritures Saintes, et la politique internationale, tout en les utilisant pour répondre à ses desseins. Il n’y a que Dieu qui puisse lui répondre, car il a une dialectique supérieure à la sienne. Pour cette raison, dans la tentation, il faut recourir à Dieu, en faisant pour que Lui parle pour nous. Il faut répondre à Satan avec un minimum de paroles, toujours droites, tirés des Écritures, et jamais avec des argumentations humaines. Quand il insinue être comme Dieu, il faut lui jeter au visage, sans peur, avec l’Écriture, que ce n’est pas vrai. Satan ne le supporte pas. Après la lutte, la victoire, et les anges viendront nous réconforter comme un vainqueur. 

 

      Cf. Maria Valtorta, “L’Evangelo come mi è stato rivelato”, vol. I 46, 3-15, CEV, Isola Liri 1993                                                                                                                                     

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LE CARȆME, TERRE DU MILIEU

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année C - Mercredi des Cendres (Mt 6,1-6.16-18)

par André De Vico, prêtre

correction française : merci à mes amis

 

 

       “Le Sacrement que nous allons recevoir, ô Père, nous soutienne dans le chemin du Carême, qu’il sanctifie notre jeûne, et qu’il le rende efficace pour la guérison de notre esprit”

    

      Le Carême est un chemin vers Pâques. Toute la vie dans son ensemble, est un long Carême vers la Pâque éternelle. Au long du parcours, on tombe sur des difficultés, des obstacles, des épreuves, des tentations, comme dans la “Terre du Milieu” du “Seigneur des Anneaux”. De fait, d’après les évangélistes, le désert que l’on traverse en cette vie, n’est pas tant un “désert”, mais plutôt un lieu … bondé! Le temps de rester tranquille, en paix, n’y existe pas. D’abord, nous avons la compagnie des bêtes sauvages qui, dans l’allégorie des Pères de l’Église, sont les passions, laborieusement apprivoisées par l’homme spirituel. Puis, il y a l’œil de Satan, avec toute sa cour d’ogres et de mauvais esprits. Le service des anges sera le repos bien mérité du guerrier, à la fin de son combat, après avoir dépassé les épreuves et les diverses tentations. 

 

      Mais où se trouve donc cette “Terre du Milieu”? Est-ce dans un lieu fantastique d’un lointain passé? Non, en réalité, cette “Terre du Milieu” s’étend au fond de nous, c’est nous, c’est notre chair, notre humanité. Elle est un espace entre le monde animal et le monde spirituel, entre anges et démons. Peut-être est-elle-même ce pays que la vie nous demande de découvrir?

 

      La tentation économique de l’homme consiste en une satisfaction sordide du ventre et de la sensualité, le matérialisme du commerces et des affaires. La tentation spirituelle, quant à elle, cherche l’orgasme dans une religion spectaculaire, miraculeuse, fausse, faite pour impressionner les autres, pour enchanter les foules et manipuler les confréries religieuses et les groupes de prière. La tentation politique pousse l’homme à renoncer à sa dignité, en rampant devant quelqu’un de mieux placé que lui, pour atteindre une position riche de privilèges, par rapport à d’autres assis au bas de l’échelle. Dans le désert, Jésus répond d’une manière catégorique et brusque aux trois tentations du pain (le pouvoir économique), du temple (le pouvoir religieux), et de la royauté de la terre (la pouvoir politique). Ces sont les tentations les plus évidentes, mais Jésus a été mis à l’épreuve “en toute sorte de tentation”. 

 

En soi, l’économie, la religion et la politique ne sont pas mauvaises, ce sont des services, mais l’homme a cet horrible pouvoir de les dégrader, de les pervertir. Son œil est fasciné par le pouvoir de l’Anneau (Satan, le “Big Brother”) contre lequel il faut lutter, pour s’y soustraire! Si nous pensons comme Satan, nous n’aurions pas de peine à trouver des arguments pour lui donner raison: “la femme est tentatrice, l’Église est corrompue, la politique est une chose sale”. Mais si nous pensons comme Jésus, tout change: “si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière” (Mt 6, 22). Tout dépend donc de mon regard sur les choses, non du regard de Satan.

 

      Le chemin du Carême, avec ses jeûnes, ses pénitences, permet de rendre mon regard plus limpide. Je ne peux pas entrer en bataille avec les ogres l’estomac plein, ou les armes émoussées. Le jeûne augmente mon état d’alerte, et la pénitence a l’effet des coups de marteau sur l’enclume qui forge l’épée du guerrier. Après la lutte dans le désert, les tentations surmontées, voici le miracle: Jésus qui était en compagnie des bêtes sauvages et des démons, reçoit le très précieux service des anges! Après la lutte et la victoire, les anges s’inclinent pour soutenir le vainqueur: “le repos du guerrier!” 

 

      Le disciple qui reste fidèle à son Maître est impliqué dans la même dynamique, dans le même désert, dans la même compagnie, avec les mêmes tentations, la même “Terre du Milieu” (sa chair, son humanité), au delà desquelles, il apparaȋt dans toute sa valeur. De fait, je ne peux pas servir l’Église, ou servir le monde dans une action de bénévolat, si auparavant je n’ai pas reçu le réconfort des anges, ayant surmonté les épreuves qui font de moi un homme, une personne consciente du rôle qui va jouer. Il n’y a que la personne éprouvée, qui puisse faire du bien en faveur des autres! Ce sera le meilleur fruit de notre Carême!    

 

      Amen

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CE QUE DIT LA BOUCHE

 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C -VIII Ordinaire (Lc 6, 39-45)                                                       

par André De Vico, prêtre

correction française: merci à mes amis   

 

 

      “L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais: car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur”  

 

      Pour Jésus la Bonne Nouvelle se répand à partir du coeur: dire que “le royaume de Dieu est proche”, et dire que ce royaume “est intime, dans le coeur”, c’est la même chose. Le chemin de la conversion, avant d’aboutir à Dieu, passe par le coeur. Pour la science moderne, le coeur n’est qu’un organe qui sert à pomper le sang. Pour les poètes et les amoureux, le coeur est la plus belle métaphore de l’amour. En fait, quand nous éprouvons un sentiment, le coeur bat plus fort. Pour les psychologues, ça n’a aucun sens parler de “méchanceté”: la méthode scientifique ne connaît pas d’évaluation morale, ce n’est pas son domaine, elle doit demander à l’anthropologie et à l’éthique les critères qui justifient ses recherches. Tout au plus, la psychologie osera dire que quelqu’un est “malade”, mais pas “méchant”. Pourtant la méchanceté existe. 

 

      D’autre part, la psychologie est-elle scientifique? Non: la psychologie elle-même est une méthode “humaine”. Parfois, on a même la sensation que les psychologues et les psychanalystes exercent leur activité et communiquent entre eux comme des chamans, des gourous, des prêtres, des initiés. L’homme biblique est bien plus réaliste: le coeur est le lieu où les actions naissent, où le bien se distingue du mal, où l’on choisit la vie ou la mort, où l’on apprend à aimer la vérité, où Dieu nous séduit et nous saisit! L’éthique, la poésie et la psychologie, à elles seules, ne parviennent pas à atteindre ce mystère de bonté ou de méchanceté qu’est le coeur humain!

 

      Un dicton hébraïque raconte que Dieu, au commencement, créa “le point d’interrogation”, et le mit dans le coeur de l’homme: “Adam, où est tu ?” La même question, aujourd’hui, se pose ainsi: “Où est-ce que tu en es? Dans quelle direction es-tu en train de conduire ta vie?” Chaque fois que mon coeur se pose une question, c’est Dieu qui descend dans le jardin de ma vie. Je regarde au fond de moi, et je vois mon désir: je cherche ma “consistance” (Qui suis-je?), mon “orientation” (Quelle direction dois-je prendre?) et mon “aboutissement” (Où est-ce que je vais?). Si je n’aime pas mon chemin, si je ne ne suis pas à l’aise dans le monde, les personnes qui m’entourent vont aussi en souffrir. 

 

      C’est la même question que Jésus pose dans l’évangile de Jean: “Qui cherchez-vous?” Et les premiers mots du Ressuscité sont: “Femme, qui cherches-tu?” Ces sont des questions divines qui contiennent la définition de l’homme: nous sommes des êtres qui questionnent, qui cherchent, nous sommes des points d’interrogation. La réponse se trouve dans la vie chrétienne: “Je cherche le Seigneur, raison de mon existence; pouvoir le trouver est la chose la plus belle de ma vie!”

 

      Tout point d’interrogation révèle un manque: “Quels sont tes désirs, tes vrais désirs?” “Quelle est ta faim, ta soif, qu’est-ce qui te manque?” Tout père, un jour, sera obligé de  poser à son fils cette grande question: “Es-tu content?” C’est là que la parole descend comme l’épée, au point de jonction entre l’âme et l’esprit, là où les bonnes ou mauvaises actions naissent. À ceux qui veulent le suivre, Jésus ne demande pas d’effort, ni de renoncement, ni de sacrifice. La vie n’avance pas par des ordres, par des interdictions ou par des coups de bonne volonté, mais par passion, par attraction, par séduction! Le désir est le moteur de la vie! 

 

      Saint Bernard dit: “approche tes lèvres des sources de ton coeur!” Si tu te connais toi-mȇme, tu sauras aussi ce qui fait du bien aux autres. Pour Olivier Clément, “toute la vie n’est que un pèlerinage vers le lieu du coeur”. De même, Jésus nous demande d’entrer dans le coeur, de le comprendre, de connaître ce qu’il désire le plus. Il y a là une béatitude cachée: “heureux vous qui êtes insatisfaits, vous deviendrez des chercheurs de trésors!” 

 

      Sois donc bon avec toi-mȇme, de sorte que de ta bouche déborde le trésor de ton coeur!    

 

      Amen

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SOYEZ MISÉRICORDIEUX

 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C -VII Ordinaire (Lc 6, 27-38)                                                         

par André De Vico, prêtre  

correction française: merci à mes amis    

      

   

  “Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux”  

 

      La liturgie insiste beaucoup, peut-être même trop, sur la notion de “tout-puissant’’: “Seigneur Dieu tout-puissant …” Est-il vraiment le “tout-puissant?” Et alors, dans mon problème, pourquoi ne m’aide-t-il pas? Les personnes en difficulté, face à la “toute puissance” divine, éprouvent un certain malaise, voir un sentiment de révolte. Dans l’histoire des religions, nous connaissons le dieu Jupiter, Zeus chez les grecs: ça, c’était un “tout-puissant!” Il siégeait sur le trône de l’Olympe, prêt à lancer la foudre! Les premiers chrétiens arrachèrent à Jupiter les signes du pouvoir, et ont mis la foudre dans les mains de Dieu le Père: le Dieu des chrétiens est bien plus fort que le dieu des romains! Ce transfert de compétences a affecté aussi la prière liturgique. Jupiter a disparu, mais nous nous obstinions à revêtir l’image du Dieu de l’évangile avec des parures qui ne sont pas les siennes. 

 

      En réalité, dans l’Ancien Testament, Dieu n’est pas “le tout puissant”, mais il est plutôt “le miséricordieux”. Cela change beaucoup de choses. S’il faut prendre les textes historiques, littéraires et bibliques, tels qu’ils sont, en acceptant qu’ils ne peuvent pas être modifiés, il serait sage que la prière liturgique soit réexaminé par les pasteurs et les spécialistes de la liturgie. En effet, il faudrait plus insister dans la prière officielle de l’Église, sur la miséricorde de Dieu, pour en faire une prière moins retentissante et plus humaine, plus proche de ceux qui - séance tenante - ne peuvent pas bénéficier de la toute-puissance divine. Mais alors qui est ce “Dieu miséricordieux” de l’Ancien Testament? 

 

      Le mot hébraïque original est: “rahanin”, qui en latin est traduit par: “misericordia”. Je me souviens d’un père spirituel qui spéculait sur ce mot de “misericordia”: la miséricorde divine est Dieu qui s’apitoie sur “les misères (miseri-) de mon coeur (-cordia)”. En réalité, contrairement à la langue latine, dans le mot “rahanin” ce n’est pas le “coeur”, mais c’est l’“utérus” qui bouge, ce sont les “entrailles maternelles”. Il serait donc plus exact de traduire “rahanin” par: “ventre maternel”. Cela fait penser au processus vital qui se passe chez femme, quand elle accueille un grain de vie et elle en rend le fruit. Dire “misericordia”, à la manière latine, ce serait trop peu. On dirait la copie d’un électrocardiogramme qui fixe la vie en un instant précis. 

 

      En effet, pour une mère, qu’est-ce qui est le plus difficile à porter? “Le poids” d’un fils, ou “le souci” qui pèse sur la vie d’un fils? Dieu est miséricordieux parce que il est comme le “ventre d’une mère”: il alimente, il soutient et il encourage la vie. Il est “enflé de vie”. Donc, pour approcher les personnes en difficulté, il nous faut un coeur robuste, le coeur d’une mère: il faut comme un utérus, comme le ventre d’une mère. 

 

      Les psychologues modernes, tout au début de leur science, ont concentré leur attention sur l’utérus (ὑστέρα) de la femme, pour étudier ce qu’aujourd’hui encore on appelle “comportements hystériques”. Dans la forêt du mystère féminin, ils ont détecté et classifié les herbes toxiques, mais on dirait qu’ils ne se sont pas donné la peine d’atteindre le “proprium” de la femme: l’accueil, le nutriment, le soin et la thérapie de la vie. La psychanalyse est mal-née: ignorant la valeur de la femme, pouvait-elle saisir celle de la mère? Pourquoi les féministes d’aujourd’hui sont si peu maternelles, et si peu féminines? En termes équivalentes: comment un peuple si patriarcale et si machiste comme l’hébraïque, a pu concevoir un sentiment si viscéralement, féminin et maternel, chez le Dieu des anciens pères?  

 

      Nous devons l’admettre: Dieu n’est pas “le tout puissant”, dans le sens qu’il gouverne le monde avec les attributs et les ornements de Jupiter, mais il est présent, avec le sentiment d’une mère: il n’oublie pas, il accompagne, spécialement le fils qui souffre! Et alors, au lieu de demander à Dieu pourquoi il ne descend pas sur terre, afin d’y déployer sa toute puissance, nous ferions mieux de suivre le conseil de Jésus: “Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux”. La réponse que Dieu offre à ceux qui souffrent, c’est nous !

 

      Amen

 

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BÉATITUDES ET MALHEURS

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes

Année C -VI Ordinaire (Lc 6, 17.20-26)

par André De Vico, prêtre  

Correction française: merci à mes amis

 

 

      Les quatre “béatitudes” et les trois “malheurs” de l’Évangile de Luc, nous montrent de quelle manière Jésus voit la vie: soit nous cherchons “le royaume de Dieu”, soit “notre consolation”. Son point de vue est très différent du nôtre, ce sont deux manières irréductibles de concevoir la vie, avec des résultats diamétralement opposés. Le bonheur ne dépend pas de la quantité des biens acquis, mais d’une attitude intime et personnelle face aux richesses. Dans la catégorie des gens heureux, il y a les pauvres, les affamés, ceux qui pleurent et qui sont exclus; dans celle des malheureux, on trouve les riches, les rassasiés, ceux qui rient, ceux qui cherchent et jouissent de la reconnaissance des autres. Certes, ce ne sera pas la pauvreté qui sauvera le pauvre, ni la richesse qui ruinera le riche. Jésus n’est pas en train de faire un exercice littéraire, c’est à dire: l’éloge de la misère et la condamnation de la richesse. Il s’agit plutôt de savoir sur quoi l’homme est en train de fonder sa vie, sur quel terrain il est en train de construire son édifice.

 

      Imaginons notre vie comme un théâtre: au centre de la scène, sous les projecteurs, il y a un trône où j’écris: “moi!”, un “moi” qui tend à s’entourer des choses qui lui font plaisir et qui le satisfont. Aux premières places, je mets les gens sympathiques, ceux qui semblent être bien intentionnés envers moi, ceux de la part desquels j’espère obtenir une faveur, des félicitations, un changement de rôle, une promotion. Quand le “moi” est au centre de tout, les tâches essentielles de la vie sont mises à l’écart, et le scénario se déroule au hasard. Mais, si au lieu du “moi”, sur le trône de mon existence je mets “Dieu”, la scène de ma vie sera la même, mais tout va changer. Ce qu’avant j’avais mis à l’écart, dorénavant, se trouvera au centre: la famille, le travail, l’étude, la prière, etc. Autour de ce trône ne régnera pas le chaos ou la confusion, mais bien plutôt l’ordre.

 

      Beaucoup se font des illusions et se trompent, en espérant que la richesse puisse rendre la vie plus confortable, en s’assurant contre les maladies, la douleur, la mort. En réalité, selon l’évangile des béatitudes, cette richesse non partagée, est un péril. Ceux qui la cherchent sans un sentiment de solidarité ou de participation, mettent leurs âmes en danger. Dans un coeur humain, la richesse tend à prendre le place de Dieu. De même, les applaudissements du monde sont un mensonge: ceux qui aujourd’hui m’encensent, demain seront les premiers à me traîner dans la boue. Le monde m’applaudit à condition que je parle son langage, que j’approuve ses envies. Il se trouve que ce que le monde promeut, Dieu le condamne. Bien évidemment, je ne parle pas du théâtre ou d’une scène réelle, là où un bon acteur gratifie et construit son public, un bon public, mais je parle du théâtre de ma vie, de mes attitudes faussées, par rapport aux choses et aux autres. Le théâtre est une métaphore de la vie, mais si je me mets à jouer la métaphore de la métaphore, je perds mon temps, je perds la vie même.

 

      Il est bien vrai que, de temps en temps, le Seigneur m’envoie un ange en chair et en os pour bénir et encourager ce que je fais, mais je ne dois pas chercher cela: le bonheur qui accompagne un message divin est rare, précieux, il arrive quand je m’y attend le moins. Ordinairement, je dois interroger mon meilleur témoin: ma conscience. Je n’ai donc pas besoin de l’approbation des autres sur mes actions. La pauvreté consiste à avoir juste ce qu’il faut pour mener une vie digne, sans désirer plus. Il s’agit d’une attitude qui, à part le maximum de satisfaction, me donne accès à une héritage magnifique: le royaume de Dieu!

 

      Amen

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LE DIEU TROIS FOIS SAINT

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C - V Ordinaire (Lc 5, 1-11)                                                              

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis 

   

 

      “Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre: ‘Saint! Saint! Saint, le Seigneur de l’univers! Toute la terre est remplie de sa gloire’ ” (Is 6, 1-3) 

      

      Isaïe a une vision gigantesque et terrifiante de Dieu, il voit la gloire du Seigneur, il voit “les pans de son manteau” qui remplissent le Temple, il voit la fumée de l’encens se répandre en toute direction. En fait, la gloire du Seigneur ne peut pas être limitée par le Temple, ni par la terre. Le monde que l’homme connaît n’est qu’un misérable escabeau à ses pieds.  

 

      Des êtres mystérieux apparaissent, un choeur de Séraphins qui chantent des mots de gloire, un chant dans lequel des paroles de Sainteté s’imposent, ou plutôt: ils se divisent en deux choeurs qui dialoguent et chantent avec des voix tonitruantes, en criant l’un à l’autre: “Qadosh, Qadosh, Qadosh!” Pour comprendre, il faut s’imaginer un stade de cent mille personnes qui hurlent à l’unisson le même slogan! Imaginons que ce stade ait l’ampleur de toute la vallée. Les hauts-valaisans seront mieux placés pour enchaîner la séquence: “Heilig, Heilig, Heilig!”, à laquelle les bas-valaisans répondront avec non moins de vigueur: “Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire …” À partir de là, les deux populations pourront trouver un accord sur tout: “Er ist ein Heiliger …” “C’est vrai, c’est vrai: il est vraiment Saint …” 

   

      Le mot “Qadosh”, qui traduit le concept hébraïque de Sainteté, suggère une idée de “séparation”, de “diversité”: Dieu est “totalement autre” par rapport à tout ce que l’homme peut dire ou penser de Lui. À la manière latine: “Sanctus, Sanctus, Sanctus!” Avec un concept moderne: “Absolu, Absolu, Absolu!” En effet, le mot “ab-solutus”, “libre de …” exprime une idée d’altérité. En termes psychologiques: “Autre, Autre, Autre …” Il est bien vrai qu’une culture narcissique comme la nôtre, occidentale, réfractaire à reconnaître la divine Altérité, sera encore moins disponible à accepter que cette Altérité se soit révélée à l’homme / Isaïe, pour lui adresser un appel. 

 

      Cependant le prophète, devant la présence divine, expérimente un frisson de terreur: il n’est pas possible de s’approcher de Lui sans en mourir, et pour cela il s’interroge sur son sort: “Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures …” Isaïe ne connaissait pas encore le narcissisme. D’un côté, la transcendance totale de Dieu, de l’autre, l’aspect éthique de l’expérience humaine, toujours insuffisante, toujours en manque de quelque chose. C’est là que la triste folie du “transhumanisme” voudrait prendre la place de sa “transcendance”. Mais cet obstacle est également franchi: un Séraphin lui pose un charbon brûlant sur les lèvres pour les “purifier”, littéralement: pour les “passer au feu” (pũr = feu, en grec)

     

      “Séraphin” veut dire “créature de feu” “globe de feu” “celui qui brûle sans se consommer”. Chaque Séraphin a six ailes: deux pour se couvrir le visage, deux pour voler, et deux pour se vêtir. Le Séraphin est un être mystérieux, à l’intérieur d’un mystère, et au service du mystère: sa tâche est de proclamer la Sainteté de Dieu. Le Séraphin est un “publicitaire” de Dieu, il est quelqu’un qui de toutes les manières possibles dit sa Sainteté, la répand, la fait résonner partout. Le charbon allumé est une partie de lui,  un petit morceau de son être de feu et de lumière. 

  

      Chaque fois que dans l’assemblée nous chantons l’hymne séraphique, nous devrions sentir sur notre langue le charbon allumé d’Isaïe! Chaque fois que nous quittons l’Église, après une célébration de la Parole et de l’Eucharistie, nous devrions traverser la place publique et rentrer à la maison avec la langue purifiée, pacifiée, propre. Est-ce le cas?

 

      La divine Sainteté se reflète dans les créatures, et de fait plus l’homme s’approche de Dieu, plus il devient saint, lumineux, comme s’il était entouré d’un halo de lumière. Au théâtre et à la télé, la lumière vient des projecteurs, mais pour celui qui s’approche de Dieu, la lumière lui parvient de l’intérieur. Les philosophes néoplatoniciens ont tellement bien expliqué ce point, qu’on pourrait penser qu’ils ont été des “chrétiens” bien avant nous. Saint François fut appelé “le Séraphin de Dieu”, pour la lumière qui émanait de lui. 

 

      “J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait: ‘Qui enverrai-je? qui sera notre messager?’ Et j’ai répondu: ‘Me voici: envoie-moi!’ ” (Is 6, 8). Tout se joue sur un trinôme: la Sainteté de Dieu, son appel, ma réponse.

 

      “Ô Toi l’au-delà de tout, comment t’appeler d’un autre nom?”

      Amen

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LE PROPHÈTE PAS LE BIENVENU

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C -IV Ordinaire (Lc 4, 21-30)                                                         

par André De Vico, prêtre

 correction française: merci à mes amis 

 

 

      “Ils poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline, pour le précipiter en bas”  

      

      Après un début plein de succès, la prédication de Jésus s’arrête à Nazareth, sa patrie adoptive, petite ville où il avait grandi et les gens pensaient le connaitre. Le jour du sabbat il se rend à la synagogue, se lève, fait la lecture et la commente. La stupeur initiale des concitoyens qui l’écoutent se transforme en refus: il murmurent contre lui, il cherchent même à le tuer, en le poussant du haut du précipice. Qu’est-ce que Jésus a dit de si grave, pour susciter tant de fureur? C’est vite dit. En lisant Isaïe 61, 1-2, Jésus attire l’attention sur lui: ce prophète dont Isaïe parle, “c’est moi!” Cette  déclaration d’Isaïe si ancienne, elle se passe “aujourd’hui”, “par moi!” Jusque-là, la réaction se limite à la surprise, mais ensuite, ce qui va empirer la situation, c’est que Jésus précise la mission de ce prophète: “évangéliser les pauvres, et proclamer l’année jubilaire du Seigneur”. 

 

      Le Jubilé hébraïque était fixé tous les cinquante ans pour annuler les dettes, libérer les personnes qui étaient vendues comme esclaves par les usuriers, et rendre la propriété des terrains confisqués aux anciens propriétaires. C’était une sorte d’“amnistie générale” qui devait relancer la société, par le moyen d’une restauration spéciale de la justice. Á cause d’une mentalité religieuse très enracinée, on croyait que seules les personnes sans défaut physique pouvaient accéder à la Synagogue, au Temple et au Culte. Tous les autres, aveugles, estropiés, boiteux, déficients, fous, handicapés et quiconque avait été affecté par une maladie ou une “impureté” n’était pas admis dans la communauté cultuelle. Mȇme les vieillards qui n’arrivaient pas à tenir debout étaient tenu dehors à l’écart, parce que “des anges sont dans la communauté”. L’imperfection est indigne des anges! Jésus bouleverse la manière de penser de ses compatriotes, en disant que la justice ne consiste pas à l’accomplissement précis d’une Loi ou d’un Culte, mais en sa personne: il est lui le prophète annoncés par les textes qu’il vient de lire, qui porte la bonne nouvelle aux malades et aux pauvres!

 

      La goutte qui fait déborder le vase survient au moment où Jésus rappelle à ses concitoyens que, au temps d’Elie et d’Élisée, malgré le fait qu’il y avait beaucoup de  pauvres femmes et de lépreux  en Israël, les deux prophètes furent envoyés à des étrangers: à la veuve de Sarepta, très pauvre, et à Naaman le Syrien, un notable païen frappé par la lèpre. En d’autres termes, “chers concitoyens, “Dieu vous a relégués au deuxième rang!” Avec la venue de Jésus, une nouvelle année jubilaire commence, une justice toute nouvelle qui a pour protagonistes les pauvres, et pas chaque cinquante ans seulement, mais chaque jour! Pas en Israël seulement, mais partout! 

 

      Luc place cet épisode tout au début de la vie publique du Christ, pour souligner le refus de Jésus par les Juifs, refus qui aboutira trois ans plus tard à l’arrestation, la condamnation et la crucifixion de Jésus à Jérusalem. Cependant, nous ne devons pas penser que ce refus ne soit imputable qu’à ces gens-là, qu’à cette génération de Juifs là. En fait, il s’agit d’un durcissement qui opère en tout lieu et en tout temps. De nos jours également même si le Christ est admiré en tant qu’homme, il est rejeté en tant que prophète de Dieu. Si je vais à la télé pour dire que je crois en Dieu, personne ne fait de cas, mais si je dis que Jésus est le Fils de Dieu, je serai impliqué dans le mystère de son refus.

 

      Parfois, à nous les catholiques, on reproche de lire et répéter toujours les mêmes histoires. En réalité, si il y a l’Esprit Saint, les paroles que je lis dans l’Evangile, se passent “aujourd’hui”. Une page de l’Écriture est bien plus actuelle que le journal d’hier, lequel a déjà fini à la poubelle. 

 

      Amen

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JÉSUS LECTEUR

 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C -III Ordinaire (Lc 1, 1-4; 4, 14-21)                                               

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

      “Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.”    

 

      Les livres d’Esdras et Néhémie évoquent le retour des hébreux de Babylone à Jérusalem: la reconstruction de la ville, des remparts et du Temple; la réorganisation de la communauté et la reprise du culte. Le scribe-prȇtre Esdras amène le Livre de la Loi sur la place publique, et donne suite à la première lecture officielle du post-exile. Les gens se disposent en ordre: les hommes, les femmes et les enfants. La lecture est ample et solennelle, à occuper une demie-journée, et elle est “con-clamée”, c’est à dire criée a voix haute, tel qu’un coup de trompette que tous doivent entendre. Le lecteur “ouvrit le livre” et, en lisant, il “prête” sa bouche à Dieu: “tout le peuple écoutait la lecture de la Loi”. L’événement suscite une forte émotion, il s’agit d’une “première mondiale”, les gens pleuraient. 

 

      Cinq siècles plus tard, en Israël, aux temps de Jésus, la lecture des textes sacrés est devenue une chose habituelle. Chaque samedi, les gens se retrouvaient en une salle de lecture dite: “synagogue”, qui littéralement signifie: “lieu du rassemblement”. C’est ici que Luc commence son récit de la vie publique de Jésus. Il avait l’habitude de se rendre à la synagogue, comme nous à Messe le dimanche. C’est la première fois que Jésus est invité à lire les Écritures et à parler en public, en tant que “lecteur” de la Parole, comme nos lecteurs dominicales. Les yeux de tous sont fixés sur lui. 

      

      La Liturgie catholique s’est développée à partir du modèle de la Synagogue: l’Église aussi convoque les fidèles à l’écoute de la Parole. En ce moment, l’attention de tous doit se concentrer sur l’Ambon, qui est le “lieu théologique” à partir duquel la Parole jaillit. Sauf que, trop souvent, dans le cours d’une célébration, il se passent des choses indignes. L’Ambon se réduit à un misérable pupitre mobile où on pose de tout. Les lectures terminées, on le déplace contre le mur, par commodité, pour faciliter un concert ou une manifestation culturelle. On confie les lectures à des personnes engagés à la dernière minute avec un signe de la main. Des gens animées par un grand zèle se précipitent à lire, et prennent toute la scène, avec leur irrépressible personnalité. Mȇme les gens instruits défaillent, quand elles se présentent pour une lecture improvisée, préoccupée par le perfectionnisme de la prononciation. Après il y a ces petites feuilles dominicales ou photocopies qui - au lieu de concentrer - détournent l’attention de l’Ambon, tout en faisant un court-circuit entre l’assemblée et le lieu théologique de la Parole.    

 

      La Liturgie prévoit aussi des moments de “créativité”: monitions, formules introductives, présentations personnalisées … L’homélie, en particulier, est le lieu où les Pères de l’Église n’avaient pas peur de présenter - aux fidèles analphabètes - une haute théologie des mystères chrétiens, apprise pas dans une école, mais dans leur vie de prière et de foi. En réalité, plus qu’à une “création liturgique”, on assiste souvent à une “chute de style” de la part d’un célébrant qui se met à faire l’animateur, en interrompant la prière publique, comme si devant soi il y avait un troupeau amorphe et à tout moment nécessiteux d’exhortations et d’explications détaillés: “nous allons prendre le chant à la page …” “ne restez pas au fond, avancez-vous …” “en faisant le signe de croix en ce jour de la sainte Trinité, nous allons penser à …” “voici l’agneau de Dieu, qui un jour passait par les chemin de la Palestine et aujourd’hui est bien présent sur cet autel qui …”

 

      La prière liturgique, truffée  de références à l’actualité qui en principe devraient en faciliter le déroulement, devient un gros pâté difficile à digérer. L’homélie, au lieu de prendre sa source dans la Parole de Dieu, cherche un soutien dans la chronique courante, pour motiver l’assemblée, un groupe ou une association, en vue d’une action particulière. Le prêtre lui-lui-même profite abusivement de son homélie pour manifester sa frustration à cause des gens qui ne viennent pas à la Messe. Les derniers fidèles  courageux encore présent, plongent dans un abysse de désolation.

 

      D’ailleurs, ne parle-t-on pas d’ “animation liturgique?” Mais voilà!… la Liturgie a-t-elle besoin d’être “animée?” Ou plutôt, bien au contraire, les mystères auxquels nous nous approchons ne sont-il pas “réanimateurs?” Il est évident que le rapport s’est inversé, et quand nous prétendons  “animer” une Messe, en réalité nous confectionnons un “produit” liturgique avec l’idée de le rendre plus attractif. Tous ces problèmes nous arrivent d’un arriéré-fond pélagien qui oppose notre action (ou “savoir faire”) à la grâce divine (qui est donnée “gratis”, elle ne peut que être accueillie). 

 

      Après tout cela, nous devrions recommencer à partir d’Esdras et Néhémie: le mot “lecture”, lui tout seul, devrait suffire pour exprimer l’importance d’un acte liturgique. Il ne s’agit pas de “lire” l’Écriture comme si c’était un poème ou une page de littérature: le terme grec de “ana-gignoskein” signifie: “reconnaitre, connaitre en revenant sur le sujet, connaitre en profondeur”. Cela signifie que le lecteur - comme le célébrant - ne peuvent pas se permettre d’improviser, mais ils se sont engagé à “re-connaitre” le texte qu’ils lisent, ce texte connu et préparé en avance. La Parole de Dieu, écrite par l’Esprit, doit se proclamer dans l’Esprit: une posture d’écoute spirituelle, un regard orienté, entre l’assemblée et le lecteur, les yeux fixés à l’Ambon. La Parole rejoint l’assemblée grâce au service d’un lecteur compétent et préparé, qui sache tenir avec simplicité et dignité le regard de l’assemblée, comme Jésus dans la synagogue: “Tous avaient les yeux fixés sur lui.”

 

      Ce n’est pas la culture ou la sympathie du célébrant qui doit briller, mais la sainteté de sa vie. La Liturgie, à part les moments explicitement “créatifs”, invite le célébrant - et tout autre acteur de la célébration - à “disparaȋtre”, en toute discrétion, derrière le rôle qui jouent, pour favoriser l’enracinement de la Parole dans le coeur des gens en écoute. Il ne s’agit pas - bien sur - de revenir à la Messe pompeuse ou hiératique d’autrefois, ni d’emprisonner la Parole dans un rite, mais de faire en sorte que tous nous quittions l’Église avec quelque chose qui bouge en nous: alors oui, que nous aurions été “animés” pour de vrai!

 

      Amen

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L’HEURE DU FILS, A CANA

 Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C -II Ordinaire (Gv 2, 1-11)                                                             

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis 

   

      “Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit: ‘Ils n’ont pas de vin’ … ‘ [elle] dit à ceux qui servaient: ‘Tout ce qu’il vous dira, faites-le’ ”      

      

      Dans la société des patriarches, l’unique “destin” possible pour une femme était la maternité. Chez nous aussi, dans nos familles, nous avons connu l’autorité disciplinaire, la grosse voix, le regard sévère et plein de sens du père et, de l’autre côté, le “destin” d’être une femme, la mère du sacrifice et de l’abnégation. L’époque moderne a connu des femmes qui - à elles seules, et jamais avec une autre femme - ont dirigé le cours d’une entière nation. Elles ont fait ça sur le terrain de la scène publique, mais encore plus dans les coulisses: on disait que derrière chaque grand homme il y a toujours une grande femme, et chaque fois qu’une mauvaise affaire se produisait, la ruine d’un homme ou d’un système tout entier, la parole d’ordre était: “cherchez la femme”. Les féministes protestent: pourquoi devons-nous toujours être derrière les hommes? Alors, pour renverser les patriarches et les machistes, pour devenir comme eux, et prendre leur place, les femmes ont commencé à stériliser la maternité et leur désir d’être mère. 

 

      En réalité, chaque être humain qui vient au monde, pour commencer à l’explorer, a besoin d’un visage, le visage de sa mère, un visage avec le pouvoir d’ouvrir le monde. Si un enfant se voit objet du regard de sa mère, il se sentira à son tour autorisé à regarder le monde. Par exemple, un enfant qui rampe et doit surmonter un obstacle, s’arrête à la première tentative et regarde la mère. Si elle réagit avec appréhension, il se échoue; mais si elle manifeste un sourire d’encouragement, le petit contournera l’obstacle et ira droit au but. La foi de la mère fonde la possibilité du désir de son fils! Si elle ne croit pas au désir du fils, si le visage maternel ne répond pas à la demande, le désir s’éteint! Si les réponses de la mère sont chaotiques, anxieuses ou angoissantes, le visage du monde devient trouble et se renferme, et l’enfant expérimente l’absurdité: un jour il avancera vers des comportements à risque, à la drogue, à la violence, au féminicide, au suicide, ou dans le meilleur des cas, deviendra-il un philosophe nihiliste. Mais si le visage maternel transmet l’enthousiasme à la possibilité de son exploration, alors, le monde s’ouvre, le monde sourit. 

 

      Il y a un mariage, à Cana en Galilée. Jésus est invité, et il emmène avec lui sa mère et ses amis. A l’époque cela se passait ainsi, il n’y avait pas d’invitations formelles. Un mariage était synonyme de fête pour tout le village, pendant plusieurs jours, et tout le monde y allait et y venait librement. Pas étonnant, alors, si les calculs ne sont pas toujours bons. À un moment donné, le vin manque. La fête risque de se transformer en une honte, pour toute la vie, pour ces deux époux. Il y a des détails que les gens n’oublient jamais. Marie remarque le malaise, et attire l’attention de Jésus, qui d’une certaine manière est “contraint” de faire son premier miracle. Entre mère et fils il y a un jeu de regards. Jusque-là, Jésus avait vécu dans l’anonymat, mais avec ce fait des six jarres d’eau transformés en un vin meilleur de celui d’avant, il commence à faire parler de lui. Les deux époux, pendant toute leur vie, honoreront la mémoire de ce prophète qui était là par hasard et qui a sauvé la noce des remarques de l’opinion publique. Aujourd’hui encore, quand il y a un mariage, les gens observent, font des pronostics, comme si c’était un jeu, et dans un certain sens c’en est un. Dans tous les mariages, les choses arrive comme à Cana. Tout commence par la fête, la joie, l’enthousiasme … mais après, pour une raison ou l’autre, le vin commence à manquer. On ne fait plus les choses par amour, mais par habitude. Un nuage de grisaille et d’ennui s’installe. La fatigue prend le dessus, on perd les repères communs, on prend ces distances, d’abord avec le cœur, puis dans les faits, et pour finir on arrive même à se trahir pour un rien.

 

      S’il y a un manque de foi, il est clair que la fidélité aussi peut être absente. Combien de ménages n’ont plus de vin, plus de foi! Ils ont tout, mais pas la foi! En effet, le mariage est comme la foi: il faut l’entretenir, l’alimenter et le protéger, à chaque reprise, de jour en jour, et pour toute la vie, sinon le don s’alourdit, il se dessèche, il devient ce qu’il n’aurait jamais dû devenir. Invitons donc Jésus à notre fête, chez nous, prions ensemble, approchons les sacrements, participons à la communauté, engageons-nous aux service des autres … De cette manière, le mariage résiste à l’épreuve du temps, il se projette au-delà d’un intérêt brut, charnel. Le mariage passe, comme passe la scène de ce monde, mais il est aussi le symbole de quelque chose qui ne passera jamais. Ce n’est pas pour rien que dans l’Apocalypse, on parle des noces de l’Agneau avec la Ville Sainte. Alors, quand nous sommes déprimés, pensons que le meilleur est encore à venir. Á Cana, grâce à Jésus, et au coup de pouce de sa mère, le vin meilleur a été servi en dernier. Il y est ainsi aussi de notre vie: plus elle vieillit, plus elle devient meilleure!

 

      Le regard maternel, pour la vie d’un fils, est un don: “pour moi tu es unique, tu as rendu ce monde différent, tu as fait recommencer le monde, mais tu n’es pas le monde tout entier”. Cela veut dire que la “présence” doit être cadencée pas l’“absence”, afin de donner au fils la possibilité de se lancer à la conquête du monde. Trop d’amour (trop de présence maternelle) l’empêcherait de devenir un homme, et peu d’amour (peu de présence maternelle) risquerait de le rendre malade. Une mère trop présente peut être éttoufante, insupportable, harcelante, odieuse, castratrice … mais c’est le jeu de la “présence” et de l’“absence” qui fait la différence, c’est à dire permettre la construction de la santé mentale, de la mère et de l’enfant. Les féministes ne doivent pas à être inquiètes: la santé reproductive est de garder ensemble, d’une manière fonctionnelle et féconde, la femme et la mère. Bien sur, il ne faut pas sacrifier la femme à la mère. Si l’héritage paternel se voit dans la transmission du désir par rapport à la “Loi”, l’héritage maternel se rapporte à la “Vie” elle-même, au sentiment de la vie, au droit d’exister, au fait de se sentir à sa place, dans le monde. 

 

      Rien d’étonnant si à Cana en Galilée, Marie était dans les coulisses, pour permettre à son fils d’entrer en scène et commencer sa mission, bien qu’en avance: son heure n’était pas encore venue! Tout cela par la complicité d’un regard, un regard qui manifeste un intérêt commun, entre les deux.

                                                      

      Amen

 

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LE FILS BIEN-AIMÉ

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fȇtes 

               Année C - Le Baptême du Seigneur (Mt 3, 15-16; 21-22)                            par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

     

 

      “Toi, tu es mon Fils bien-aimé; en toi, je trouve ma joie” 

 

      La littérature, l’art, le spectacle et la publicité se limitent souvent à la seule dimension horizontal des rapports humains, à la relation entre les hommes et les femmes, ou les sexes “divers”. Il semble que rien n’existe au delà de ces histoires infinies de séduction, sentiments sordides, sexe sans pudeur: on ne recherche que ça, on ne raconte que ça. Le rapport vertical entre père et fils, tout aussi vital et universel, reste presque complètement inexploré, ils n’occupent souvent les psychologues, avec une approche négative, analysant le conflit entre parent et enfant: autoritarisme, paternalisme, refus, rébellion, incommunicabilité … En effet, le rapport entre père et fils n’est pas simple à interpréter.

 

      De mȇme, les conflits psychologiques et spirituels des femmes trouvent souvent leurs origines dans une blessure profonde qui se serait né dans le rapport  au père. La toute première expérience de découverte du “masculin’’ qu’une femme réalise, c’est justement “son père”, le premier homme duquel elle tombe amoureuse. En devenant adulte et en relation à d’autres hommes, la fille est influencée par la figure paternelle, positivement ou négativement. Personne n’a pas encore su donner une définition satisfaisante de ce que c’est qu’“esprit féminin”. Les femmes elles-mêmes, invitées à décrire leur propre féminité, ne considèrent étrangement pas leur propre mère, mais elles se confrontent avec le modèle masculin intériorisé.

      

      Heureusement, dans la majorité des cas, on trouve qu’un rapport intense, serein et bien réussi avec la progéniture, est tout aussi important et gratifiant que la relation entre les sexes. Heureusement, les parents ne sont pas si parfait qu’ils sont censé d’être, sinon les idéaux trop élevés et trop parfait, mettraient leurs enfants mal à l’aise, et les pousseraient à se sentir inadéquats et nerveux. Heureusement même les parents font des erreurs, quand ils font les parents

      

      Cela veut dire qu’on devient des hommes et des femmes non seulement en rapport avec l’autre sexe, mais en rapport avec la génération, avant tout. La paternité n’est pas une donnée biologique: les animaux se reproduisent également, mais cela ne fait pas d’eux des “pères” ou des “mères” (que les animalistes ne m’en veulent pas). Avec la fécondation artificielle, ou voudrait sauter les étapes, ou remédier aux inconvénients de la nature, mais de cette façon les êtres humains finiront par n’être plus identifiés à travers la génération ou la relation, mais ils ne seront que le produit d’un contrat, brevetés par une firme, et au lieu d’un nom de famille, ils porteront la marque d’une entreprise. On voit bien que la “fécondation artificielle” produit d’autant plus de “pères artificiels”. 

 

      Rien d’étrange, par exemple, si une multinational, après avoir dessiné un nouveau biberon et commercialisé un nouveau mélange de lait en poudre, met sur le marché aussi le bébé, étiqueté et attaché à la bouteille. Qu’on me pardonne la grossièreté du langage zootechnique, mais on n’est pas très loin de cela. Les animaux de compagnie sont “humanisés” et traités comme des petits enfants, tandis que les hommes finiront par être croisés et produit selon les désirs de chacun, comme si ils n’étaient que des animaux de compagnie. Cela est très grave: en effet, une culture qui fait recours à la fécondation artificielle, sans s’inquiéter  de l’amabilité et de la dignité de l’enfant à venir, payera la taxe de voir une génération déshumanisante, sans même s’en rendre compte! On ne doit pas le faire!

 

      Tout cela dit que la paternité humaine existe et puise son sens et sa valeur “ailleurs”. Transhumanisme, ou transcendance? Qu’est ce qui rend un homme “plus homme”, si non le fait de devenir “père”, après avoir été “fils” lui-mȇme? Il y a un Père “de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom” (Ef. 3, 15). La paternité humaine n’est qu’une participation, un pâle reflet de la paternité divine. Au Jourdain, il se passe comme si une voix disait: “je suis fier de toi, je suis content d’être ton père”. Une déclaration pareille, qui arrive au juste moment, et dans la juste manière, fait des miracles, dans le cœur d’une fille ou d’un fils, surtout pendant l’adolescence. Reconnaitre un enfant, bénir ce qu’il fait, c’est un peu comme engendrer une deuxième fois. Le rôle de la mère on le verra dimanche prochain, à Cana en Galilée.      

 

      Les anciens théologiens de Syrie disaient que le chrétien doit devenir non “à l’image de Dieu” (parce que avec la création il l’est déjà), mais “à l’image du Fils”: nous devons devenir “le Fils”, non pas pour être soumis pour toujours, mais pour grandir en humanité, et recevoir le don de la nature divine! La divinisation conduit vers un résultat complètement différent de ce que construit le transhumanisme!

 

      Amen

 

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CHERCHEURS D’HUMANITÉ

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes 

Année C - L’Épiphanie du Seigneur (Mt 2, 1-12)                                        

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

      “En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui” 

 

      Une parade bizarre défile à Jérusalem: trois personnages importants suivis de leur cour, chacun d’eux ayant quitté une terre lointaine, arrivent ensemble, suivant une étoile. Les “Mages” sont censés être de riches cheiks, des princes ou des rois de populations lointaines. Ils connaissent les diverses cultures des peuples, les langues et les écritures. Ils observent le ciel à une époque où l’astronomie ne se distingue pas de l’astrologie, donc ils pratiquent aussi des incantations, de la divination et des arts magiques. Ils sont à la fois des “savants”,  des “érudits”, des “scientifiques” et des “mages”, c’est à dire des “grands”.     

 

     

      Une étoile d’une splendeur exceptionnelle apparaît. Elle doit être le résultat de l’explosion d’une “supernova” observée aussi dans la Chine lointaine, juste quelques années avant le début de notre ère. Si chacun de nous est censé naître sous une bonne étoile, une apparition extraordinaire dans le ciel ne peut que signaler la naissance d’un personnage extraordinaire. Ces savants réalisent qu’il y a un “lien” entre l’attente du Messie annoncé par les textes prophétiques d’Israël, et l’événement céleste qui se produit sous leurs yeux, et ils se lancent dans cette nouvelle direction. 

     

      Voilà que l’arrivée de ces Mages bouscule toute la ville. Hérode s’inquiète pour son trône: après tout, il n’est que un roi fantoche sous le contrôle d’une puissance étrangère! Toute sa cour également, savants, princes, scribes et prêtres ont peur de perdre ses privilèges. C’est vrai: il y a des hiérarchies religieuses qui fréquentent les palais du pouvoir! Hérode convoque une session pour voir si les Mages ont raison. On trouve un passage dans un vieux rouleau oublié de Michée, qui prophétise qu’un “chef” devrait sortir de Bethléem. Voici comment fonctionne une prophétie: un événement actuel est mis en relation avec une écriture. L’interprétation de cette écriture dépend des attentes de celui qui cherche une réponse. Ainsi, une prophétie - comme les visions et les songes -nous dit qui nous sommes, par rapport à ce que nous cherchons. En général, toute relation humaine a tendance à fonctionner comme ça. 

      

      Les Mages aiment la connaissance, la cherchent avec honnêteté, et la trouvent avec satisfaction. Au contraire, Hérode, et les gens qui lui ressemblent, sont des opportunistes, ils cherchent avec mauvaise foi, et ils finissent par commettre des atrocités. Hérode convoque les Mages non pour connaître la vérité, mais pour les tromper et les manipuler en tant qu’espions malgré eux. Entre la volonté de Dieu et sa propre volonté, Hérode a fait son choix. Il est le symbole des puissants qui résistent à la grâce, et qui cherchent à l’arracher du coeur des autres.    

      

      Saint Augustin dit que Hérode et ses Théologiens savent bien où le Messie se trouve, mais qu’ils restent fermes sur leurs positions, comme des jalons, ou des panneaux de signalisation, qui indiquent exactement la voie, mais qui ne bougent pas d’une pouce (Sermo 199, 1, 2). Ils savent, mais ne croient pas. Des politiciens et des hommes d’Église font de même: ils “savent”, ils “savent indiquer”, mais ne croient pas à ce qu’ils font ni aux mystères qu’ils célèbrent. 

 

      Pourtant, ici, il s’agit bien d’une “page de foi” pour les Mages, qui, en suivant l’écriture et l’étoile, se retrouvent face à un petit enfant, dans une simple étable ! Une fois arrivés, ils se mettent à genoux. Dieu sait combien de gens de grande intelligence, dans l’histoire, se sont inclinés comme eux l’ont fait devant le divin enfant! Aujourd’hui il y a des gens qui ne s’inclinent devant personne, si non devant son propre “ego”.

 

      À partir de l’Epiphanie, être chercheur de Dieu ou chercheur de l’homme, cela revient au même. Si le coeur est humble, l’intelligence est un tremplin pour la foi, mais si on n’a pas le courage de se mettre à genoux et d’adorer, non seulement on ne reconnaît pas Dieu, mais on ne trouve pas non plus l’homme. Les Mages ont interrogé les astres, ils ont lu les écritures, ils ont ouvert leur esprit, ils sont venus d’horizons lointains, ils ont fait le périple de la terre, ils ont traversé les déserts. Ils représentent donc l’humanité qui se situe “en dehors” du peuple élu, la rencontre des peuples, des croyances et des religions. Les Mages, ce sont les “Autres!”  

 

      Que notre conscience, apaisée par le fait d’avoir trouvé, soit digne de la lumière qui vient à notre rencontre. 

 

      Amen

 

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LA BÉNÉDICTION DU REGARD MATERNEL

   Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes 

Année C - Sainte Marie, Mère de Dieu (Lc 2, 16-21)                                  

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

    

 

      “Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur”

       En commençant la nouvelle année civile, la Liturgie associe  les motifs les plus diverses: nous invoquons la bénédiction divine en demandant, par l’intercession de Marie, le don de la paix. Dieu indique à Moïse comment “poser son nom” sur les Israelites, par la belle formule: “Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix!” (Nm 6, 22-27). 

 

      Le sens de la “bene-diction” est de “dire-bien” des autres. Dans l’imaginaire de quelques-uns, la bénédiction se réduit au geste furtif que le prêtre fait pour libérer un mort, pour être sûr qu’il soit vraiment mort, qu’il ne revienne pas la nuit à la maison jouer le fantôme. En réalité, grâce à ce texte merveilleux, on voit bien comment Dieu “bénit” le peuple, et le peuple “bénit” Dieu! Les prêtres “bénissent” les fidèles, et les fidèles “bénissent”, ils “disent-bien” de leurs prêtres! Les parents “bénissent” leur fils, approuvent leur choix, et les fils “bénissent” leurs parents, ils sont contents d’eux! Faisons alors en sorte que Dieu “dise bien” de nous! “Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage”. Un visage qui est le reflet de Dieu! Et pourtant, il nous est plus facile de montrer des visages tristes, malheureux, des visages de brigands, de mafieux, de personnes soupçonneuses qui interprètent le regard autrui: “il m’a regardé de travers!” Peut-être que celui-là ait fait une grimace parce que il avait le nez qui pence, ou pour étouffer un éternuement!

 

      Aussi Marie se voit “regardée par Dieu”: “il s’est penché sur son humble servante”. Elle était humble, donc Dieu ne pouvait que “regarder” son humilité. Par contre, si quelque chose est “tordu” en moi, il est logique que je me sente “regardé de travers” par d’autres: c’est mon regard qui “tord” les choses, comme si c’étaient des colonnes baroques. Il arrive parfois que les personnes craignent le “mauvais oeil”, ou le “sort” qu’on pourrait leur jeter par un regard envieux, sans même qu’ils le sachent. D’ailleurs on peut se demander - si un “mauvais oeil fonctionne?” Bien sûr que oui: mais à condition d’y croire. Si mon âme est trouble, ce ne sera pas la méchanceté d’un autre qui aura de l’emprise sur moi, mais je serai à l’origine des “zones d’ombre” qui me rendent plus vulnérable. Au contraire, si je vis ma foi sous le regard bienveillant de Dieu, l’œil méchant, mauvais, des autres n’a même pas le pouvoir d’arracher de son bulbe un de mes poils. Cela va de soi! Du reste, la meilleure arme contre le mauvais œil c’est Jesus lui-même qui nous l’offre: “bénissez ceux qui vous maudissent!” Qui pourra dont toucher une telle personne?

 

      Le regard extérieur entraîne notre rapport profond avec les personnes. Un petit enfant regarde sa mère, et tout ce que les deux n’arrivent pas à se dire, s’expriment avec un regard. C’est une expérience inégalable, quelque chose qui, peut être, se représentera dans un rapport d’amour. Quand on contemple un paysage ou une œuvre d’art, on y retrouve des sensations similaires, mais jamais aussi riche que l’échange de regard entre un nourrisson et sa mère. Le réveil sonne, le bébé a faim, il y a l’urgence du besoin, il pleure, sa mère lui offre le sein, le bébé suce, il satisfait son besoin et il se calme. En ce moment-là, le bébé est rassasié, avec les petits yeux baissés, comme un petit Bouddha qui a éteint son désir dans le nirvana du contentement, comme un chaton sur le radiateur … Il y en a eu assez: “vel satis!” Il est bien satisfait mais … il se refuse de partir, il “bricole” le teton de sa mère, pourquoi? 

 

      On voit bien que, après le lait, il cherche quelque chose d’autre, un autre type de nutriment: sentir la présence de la mère, être nourri par la présence de sa mère. Un nutriment qui passe par un sein qui à ce moment-là devient quelque chose de plus précieux: “le signe”. Une super-maman sait comment transformer le “sein” en “signe”, et elle ne le refuse pas. Elle devient “la mère du signe”, celle qui donne le juste signe à une demande de présence, de reconnaissance, d’amour. Le sein et le signe, bien entrelacés, constituent le futur support du “sens”, l’horizon de vie, etc. 

 

      Voici le “signe” de la bénédiction, le signe de la mère: un regard qui s’oriente vers ce qui est bon, ce qui est jouissant! Et cela est le fruit de la paix! Une personne en paix avec elle-même, sait regarder, sait bénir, sait être ami. A ce propos, un moine rapporte une belle expérience: 

 

      “J’ai assisté un malade, un malade qui m’était cher, et je ne savais pas qu’il y avait une magnifique affection, je dirais intacte, enviable, entre lui et sa femme. Pourtant, à un moment donné, il a cessé d’appeler la femme, et il a commencé à appeler la mère. J’ai médité sur ce fait … Étrange: [avant de mourir] il a cessé d’appeler sa femme, et il n’appelle plus que sa mère … intéressant …” (1)

 

      (1) Cf. David Maria Turoldo, “Oltre la foresta delle fedi”, Piemme, Milano 1996, pp. 85-86

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TON PÈRE ET MOI

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes 

Année C - La Sainte Famille (Lc 2, 41-52)                                                  

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

      “Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant!” 

      Dans le monde occidental, le rôle paternel est en crise, au point qu’on l’estime presque comme un “accessoire”, pour la croissance de l’enfant, parfois élevés par des mères “singles”. Dans les premières années de notre vie, la figure dominante est bien sur celle de la mère, qui offre nourriture, tendresse, chaleur, protection. Mais si cela ne dépendait que d’elle, peut-être que le détachement ne se produirait jamais. Les mères font des choses fantastiques pour leurs fils, elles expriment toujours un certain degré de possessivité, mais quand elles vont trop loin, elles sont même capables d’envahir et ruiner la vie et leurs futurs mariages. Attaché à sa mère, l’enfant est une sorte de “Narcisse” à l’état pur: il vit une sorte de fusion béatifique, il se rêve centre de tout, il imagine que le monde change et se modifie à son gré, il se croit tout-puissant, tout simplement parce que il pense que la mère lui appartient. Tout est à lui, tout lui est dû, et si ce ne lui est pas accordé, c’est la crise: ce sont des hurlements, des éclats d’agressivité et de violence.

 

      Le sens commun et la psychologie du développement connaissent bien l’importance de la figure paternelle. Pour un enfant, le moment venu, le nid ne lui suffit plus, il ressent de nouveaux besoins, il doit sortir et se mesurer avec le monde extérieur, mais il se sent petit et vulnérable, comme un poussin sans défense, il avance et se retire de sa mère en même temps, et c’est à ce moment-là  qu’il croise la puissante figure paternelle, qui d’abord l’écrase et le fait souffrir. De fait, en réalisant ce nouveau contact avec le père, homme adulte, porteur de la “norme”, l’enfant expérimente le fait de n’être pas lui le tout-puissant, mais d’être lié à des règles parfois pénibles à respecter. Il doit apprendre qu’il y a une limite à tout, qu’il lui faut à gérer son agressivité. L’entrée du père est vécue comme un vrai traumatisme, une vraie souffrance. Pour la première fois, l’enfant se rend compte que le monde n’est pas à ses pieds.    

   

      Toutefois, ce coup douloureux le rend plus fort. C’est comme une seconde naissance: c’est un “passage obligé”, une manière d’entrer dans la vie. C’est en effet au père de montrer à l’enfant le chemin à prendre, c’est à lui de montrer “comment faire” pour gagner sa place en société, c’est à lui de montrer “les bijoux de famille” pour que les enfants se construisent en tant que mâle ou femelle. Tout cela est exprimé par une belle métaphore: le père est celui qui coupe “le cordon ombilical psychologique” qui tient l’enfant encore attaché à sa mère. Ce n’est pas simple, c’est même très délicat, mais cette chose se produit spontanément, partout dans le monde, à toute latitude. L’ancien lien cassé, l’enfant est alors habilité à engendrer, lui aussi, à devenir parent, à son tour. Les pères, essentiellement, servent à ça, et si un père malheureusement n’est pas là - les situations de vie sont tellement diversifiés - il est nécessaire que quelqu’un d’autre le fasse à sa place.

 

      L’influence de la figure paternelle se constate aussi dans la vie de foi. Le facteur décisif qui détermine le passage de la religion d’une génération à l’autre, n’est pas l’Église, avec ses parures et ses catéchismes, mais la famille. Si un parent ne se rend jamais à l’Église, il est bien difficile qu’un fils le fasse, devenu adulte. En sociologie on constate une relation entre la fréquence religieuse des parents et l’attitude des fils à l’école. Une participation ecclésiale régulière, est associé à un sens civique élevé, et se traduit en “respect” pour les autres composantes de la vie commune. Mais le fait que les fils fréquentent ou pas une communauté de foi, ne doit pas constituer un intérêt hiérarchique ou institutionnel: ce serait plutôt un devoir des parents, qui offrent les soins, de l’éducation et des valeurs de la vie. Ce sont les adultes, et non les enfants, qui doivent se  convertir.

 

      Si hier la société était patriarcale et machiste, aujourd’hui, avec cette abondance des biens disponibles, et une divine Providence transférée à l’appareil de l’Etat, la société est en train de se “féminiser”. Les fils deviennent de plus en plus vicieux et narcissiques, jusqu’au point de détruire leur vie et celle des autres. Il faudrait une famille plus “équilibrée”, telle que celle de Jésus, Joseph et Marie, qu’aujourd’hui nous retrouvons ensemble au Temple! Marie se laisse précéder par l’autorité de Joseph: “ton père et moi …” Joseph se tait, parce que sa femme a déjà parlé en premier. Peut-on s’imaginer, dans les couples de nos jours, une attitude plus démocratique?   

 

      Amen

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ET LE VERBE S’EST FAIT CHAIR

ET VERBUM CARO FACTUM EST

ΚΑῚ Ὁ ΛΌΓΟΣ ΣᾺΡΞ ἘΓΈΝΕΤΟ

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes              

Année C - Nativité du Seigneur, Messe du jour (Gv 1, 1-18)                       

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

       “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu … C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui …  Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous”.  

      

      Avec le Prologue de l’Évangile de Saint Jean, nous pouvons nous imaginer devant la façade d’un Temple, ou parcourir la toute première page du livre de l’Univers. Au commencement il y avait le “Logos” (Verbum, Parole) “tourné vers Dieu”, tourné dans une position d’écoute attentive et de conversation intime avec Lui. Bien que les hommes Lui aient tourné le dos, Dieu, grâce à son infinie amour  envisage une nouvelle rencontre. C’est la raison pour laquelle, il envoie son “Logos” qui nous “ouvre la voie”, qui nous “fait l’exégèse”.

 

      Le mot “logos”, pour les grecs, est un mot lourd de signification philosophique et religieuse. Qu’est-ce que, le “logos?”. Il s’agit d’un mot lié à l’organe de la phonation: “gl” “glossa”: “langue, articulation, parole, raisonnement, discours, nombre, calcul, logistique …” En effet, dès notre naissance, la vie individuelle est “baignée” dans le langage. Au-delà de la biologie, nous sommes faits de paroles, de relations. Nous nous sommes même construits grâce aux paroles que nous échangeons les uns les autres, et ce dès les premiers mots de nos parents. Nous sommes le fruit des paroles que d’autres nous ont adressées. Paroles qui appellent, manifestent l’amour et la jouissance, mais aussi paroles qui touchent, qui brûlent, qui laissent des blessures difficiles à cicatriser.

 

      De la même façon, toute science humaine est construite sur le “logos”, cette capacité de langage, ce pouvoir de numériser la réalité. Le physicien qui pénètre l’atome, le biologiste qui s’intéresse aux processus vitaux, le mathématicien qui règule internet par ses logarithmes, le scientifique qui dirige un voyage interplanétaire: tout cela, serait impossible sans le “logos!”

 

      Alors: le “Logos Theou” (“Verbum Dei” “Parole de Dieu”), qui était auprès de Dieu, et qui était Dieu, s’est fait chair! Il “était”: se conjugue à l’imparfait afin d’exprimer la durée, “imperfectum durationis, duratio in existentia”. Ce Logos-là quitte sa supériorité, il descend, se mélange aux humains,  plante sa tente et  devient chair, “sarx”: fragilité, humanité. La chair est le lieu où tout cela se produit. Grâce à la chair, nous pouvons reconstruire des rapports de fraternité et de communion.

 

      Mais voilà, cette chair que nous sommes, en oubliant que c’est Lui qui a frappé le premier, veut se placer au centre de tout. Nous avons bien développé nos traditions religieuses, notre sens éthique, notre esprit critique, mais tout en oubliant son initiative d’amour. Nous sommes satisfaits par nos devoirs accomplis, plus que par les dons qui nous viennent de Lui. Nous sommes fiers de nos mérites et de nos conquêtes, mais en méprisant sa grâce. Nous plaçons les préceptes et les traditions religieuses au-dessus de toute écoute attentive.

 

      Nous avons perdu la capacité de voir le don, de donner, tant qu’il est vrai qu’a Noël “moi je te donne, et toi tu me donnes”. Où est le don, où est cette surprise agréable et inattendue que le cœur de la gratitude gonfle? Si nous nous trompons de religion, nous risquons de faire erreur sur tout le reste: le commerce de la religion ou la religion du commerce?

 

      Par exemple, dans le domaine de l’éducation, nous avons reçu des règles sans savoir pour quelles raisons il nous faudrait les observer. Cela nous conduit à rejeter toutes les règles et - face aux nouvelles générations - nous sommes restés “sans paroles” et sans valeurs. Dans le domaine de la politique, l’Europe a connu un “état éthique”, une société militarisée, une famille encasernée, qui ne faisait qu’exiger un respect de l’autorité et “un obéissance aveugle”. Aujourd’hui, par réaction, nous sommes en train de rejeter tout respect et toute révérence. On ne s’incline que devant soi-même.

 

      En amour il en est de même. A une époque passée encore proche, vivre en couple impliquait  des engagements et des tâches de grande envergure: un amour unique, exclusif, fidèle, fécond … alors qu’aujourd’hui on parle de l’amour comme d’un produit de consommation avec date d’expiration, avec peut-être une obsolescence programmée. Le secret pour répondre à cet état de faits se cache dans la capacité de cultiver une écoute attentive, qui est la toute première qualité du “Logos”. 

 

      Il est là notre souhait, notre rêve de Noel, en famille, dans les belles amitiés et dans l’administration de l’éducation: la capacité de donner la parole qui compte, qui sauve, qui vaut … Ce n’est pas la morale, la religion ou l’esprit critique, mais c’est le “Logos” qui nous ouvre la voie, ici, dans la chair, dans nos faiblesses. Rien n’est donc perdu: je peux toujours écrire un nouveau chapitre de mon histoire, à partir de la Première Page de l’Univers, ce “Logos” qui vient vers nous dans la chair d’un petit enfant!

                                                                                                             Amen

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TOI, BETHLÉEM ÉPHRATA

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes    

Année C - IV Advent (Lc 1, 39-45)                                                               

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

     “Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël” (Mi 5, 1)

 

     Le Royaume de Dieu est surprenant: pour la naissance du petit prince, pas de coups de canons, pas de palais, pas de château, pas de capitale, pas de métropole, pas de tabloïd … Tout se passe à Bethléem, à dix kilomètres au sud de Jérusalem, à l’écart de la grande ville. Il y était déjà né David, le deuxième roi d’Israël, qui unifia les douze tribus, et à présent Michée annonce la naissance d’un descendant sorti de lui, destiné à une mission encore plus grandiose.

 

      Ayant reçu le message de l’Ange, Marie part en voyage, en toute hâte. Elle passe les montagnes, son but est d’aller servir chez sa cousine. Deux femmes, deux mères: la jeune sort et s’en va à la rencontre de la plus aînée. N’est-ce pas ce le vrai chemin de rencontre entre les générations? Pas d’égoïsme de la part des personnes âgées, et pas de malveillance de la part des jeunes gens! “Lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi” (Lc 1, 45). La joie de deux enfants à naître, signe le nouveau Royaume qui s’approche ! 

 

      Tout cela montre que le futur du monde ne se décide pas sur les grandes scènes. Nos anciens paysans savaient bien que les choses ont une direction. Par exemple tôt le matin,  quand le soleil se lève, c’est en direction de la lumière que le grain penche. Si on prend des grains et on les fait grandir dans l’obscurité d’une cave, nous constatons que le blé ne pousse pas droit, mais plié vers une éventuelle lueur de lumière qui filtrerait d’une fissure. Tout commence par les racines de la vie. La joie vient de l’obscurité du ventre. 

 

      Un moine raconte que, tout jeune, en faisant sa profession, il pensait convertir et sauver le monde entier. À présent, il s’est aperçu qu’il pourrait avancer jusqu’à la fin de sa vie dans la joie s’il arriverait au moins à se sauver lui-même: “c’est moi qui doit changer l’homme qui est en moi”. Un évêque, lui avait confié, vingt-cinq ans plus tôt, la gestion d’un petit sanctuaire en montagne, très austère, construit il y a mille ans par des moines, en lui disant: “prenez cette église-là; personne n’en veut”. En effet, personne n’en voulait parce qu’elle était une église pauvre, sans rien, pas de terrains, ni de revenus (David Maria Turoldo, “Inquietudine dell’universo”, Piemme, Casale Monferrato 1995, pp. 50-59)

 

      Normalement, les gens se surestiment et veulent se placer dans les points clés, au centre du pouvoir, dans les paroisses ou les diocèses les plus importants, et pourtant tout ce qui est grand est bien loin de là. Petite église, petite Bethléem, petite maison! Elles sont d’une noblesse unique! C’est dans un village minuscule, humble, que le futur du monde se décide  et non sur les tribunes ou les grandes scènes de la politique, de la culture ou de la finance. La joie de la moisson vient des profondeurs de la terre, de l’obscurité du ventre!

 

      Il n’est pas juste d’extraire de la terre plus que nécessaire pour vivre. Si “le superflu” est déjà immoral - pensons d’ailleurs aux gobelets et aux couverts en plastique qui nuisent à la planète - comment pourra-t-on alors qualifier “le luxe?” En tout cas, la richesse et la pauvreté des peuples se définit sur la base de la sobriété de ma vie: c’est à moi de changer, sans attendre que les autres le fassent avant moi! C’est l’humanité qui est en moi qui doit changer, sans attendre que “le système lui-même” change ! La leçon de la petite Bethléem: le futur du monde se décide à la petite échelle !

 

       Amen 

     

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AdventC-04-QuatrièmeDimanche-Toi,Betlhlé
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SOYEZ DANS LA JOIE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

 Année C - III Advent (Lc 3, 10-18)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

 

 

     “Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes” (Fil 4, 4) 

       

      Le troisième Dimanche du temps de l’Avent, traditionnellement dit: “Dominica laetare”, est dédié au thème de la joie, qui imprègne la liturgie d’aujourd’hui. Mais si nous regardons autour de nous, on dirait qu’il n’y a pas de quoi être joyeux. L’indice de la bourse se déplace d’un temps de prospérité vers un temps de crise. Si, d’un côté, nous sommes tellement rassasiés et pleins de choses, que nous ne savons plus quoi inventer, quoi vendre et quoi se faire comme cadeaux, de l’autre, quand la crise arrive, nous ne savons pas comment faire pour payer les impôts, la maison, les courses. L’ample disponibilité de biens superflus provoque un désordre du désir, et n’ayant pas les moyens d’y faire face, on se retrouve en dépression. En effet, nous avons tant de possibilités de vacances et de divertissements, que nous ne savons même pas où aller. Des fois on rit et on trinque en toute allégresse, mais si nous descendons dans la cantine de l’âme, nous nous retrouvons avec un vide abyssal peuplé par les fantasmes de l’inquiétude et de la préoccupation.  

 

       Quand nous prions à l’Église, c’est encore pire: nous ressemblons à des êtres tristes et sans joie, rien de surprenant si les jeunes ne suivent pas. On dirait vraiment qu’on a épousé la tristesse. Aller à la Messe comme s’il y avait une taxe à payer, comme si c’était un enterrement, et de fait il y a des gens qui ne viennent qu’en cas d’enterrement. Sans un lien communautaire, il arrive que certains choisissent l’“intimité”, mais c’est quoi l’ “intimité”, dans un lieu et avec une liturgie prévue pour la prière communautaire? Et pourtant notre histoire personnelle, même chargée de pesanteurs, si mystérieuse et parsemée de douleurs qu’elle soit, est accompagnée par une annonce de félicité. Là-haut, il y a toujours quelqu’un qui nous aime, qui s’approche de nous, et qui veut notre bonheur. Il ne faut donc pas nous laisser aller au désespoir, mais faire appel à l’antidépresseur de l’espérance !

 

      Sophonie dit bien: “Ne crains pas, Sion! Ne laisse pas tes mains défaillir” (3, 14). Saint Paul aussi: “Ne soyez inquiets de rien” (Fil 4,6). Donnons la juste importance aux choses. Ne cédons pas au désespoir. Il n’est pas dit que celui qui croit, qui prie et qui fait pénitence, doit montrer nécessairement le visage triste de quelqu’un qui a de gros ennuis! Saint François d’Assise, le “bouffon de Dieu”, avec les stigmates du Christ dans sa chair, est l’être le plus heureux de l’univers! Comme dit le proverbe: “un saint triste, est un triste saint”. “Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes” (Fil 4,5). Votre comportement, votre amabilité, votre style de vie … que tout le monde le sache, que tous voient le Seigneur qui approche! Mais la joie est chose rare, à conquérir avec l’ascèse et le renoncement. Ce n’est pas par obligation, mais par amour. Une maman est une vraie maman parce que elle se donne, et on peut dire de même d’un papa, d’un ami, d’un enseignant, d’un pasteur … La joie est là!

 

      Le faux cadeau est confectionné par l’un, pour anticiper le faux cadeau de l’autre. À la base de cette imposture, la préoccupation de faire bonne impression. Le vrai don est à fonds perdu, il arrive inattendu, et suscite en celui qui le reçoit l’émerveillement de la Grâce, parce que il n’y a rien de plus “gratuit” qu’un Dieu qui se donne, au point que des hommes ne sont pas disposés à croire en lui, ne croyant pas à la gratuité!

    

      Amen

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Le jeûne des yeux

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeC - IIAdvent (Lc 3, 1-6)

 par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés” 

 

         Les sentiers battus par Jean dans le désert sont faits d’attente, de jeûne, de pénitence, de prière, de prédication … Tournons notre regard sur un jeûne particulier: “le jeûne des yeux”. Entrons dans l’atelier d’un moine orthodoxe qui peint une icône. 

 

         Il y a une différence remarquable entre un“tableau” et une “icône”. Un “tableau” se limite à représenter la nature, un événement, une idée abstraite. Celui qui le regarde en reçoit une gratification esthétique: “que c’est beau!” Par contre, une “icône” se fait dans une atmosphère de méditation et de prière. Le moine prend tout son temps, pas pour produire un“résultat”,mais une“rencontre”.Celui qui regarde une icône, retrouve l’Esprit Saint. La posture que les orthodoxes prennent en présence d’une icône, correspond à celle des catholiques à l’égard de l’Eucharistie, ou bien au respect que les réformés expriment envers le texte biblique: il y a le même Esprit!  

 

         En peignant son icône, le moine pratique “le jeûne des yeux”. Par exemple, s’il doit peindre une nativité, combien de pasteurs? Pour les représenter tous, deux suffisent. Deux petits moutons aussi. Il y avait tellement d’anges qui chantaient, à Noël, combien va-t-il en peindre? Deux valent pour tous, bien-sûr! L’iconographe garde l’essentiel, tout en pratiquant“le jeûne des formes et des couleurs”. 

 

         Autre exemple. Je veux faire un “tableau” qui représente la vie d’un saint ermite, assis en prière auprès d’une grotte entourée d’un bois, le soir. Il y a tant d’arbres, un ruisseau à côté, un village et une petite chapelle sur le fond. Il s’agit d’une composition à sujet religieux, bien évidemment, mais il comporte un grand défaut: l’oeil peut tomber sur un détail insignifiant, tel que une fenêtre illuminée de la chapelle, tout en perdant de vue le sujet principal. 

 

         Dans nos relations il en est de même. Par exemple, maman prépare la table. Les enfants sont distraits par leurs jeux vidéo, et le brave papa est en train de travailler au téléphone. Le dîner est prêt, le moment est important, elle cherche à dire quelque chose, mais personne ne l’entend, il y a trop de distractions, trop d’autres choses, trop d’autres intérêts. Changeons de contexte. Un étudiant est en train de préparer son examen. Sur la table, il y a un livre ouvert et un dispositif pour suivre toutes les mises à jour des réseaux sociaux. Doit-on s’étonner, si l’étudiant loupe son examen?

 

         De même, nous nous plaignons d’être stressés, à bout de nerfs, de n’en pouvoir plus, prêts à faire une dépression, mais … trop de travail, ou trop de distractions? Un paysage trop riche, une offre trop diversifiée, un abus des yeux, un désordre du désir et … nous nous retrouvons malades! 

 

         Le remède est dans le désert: comme Jean le Baptiste, comme un faiseur ou un contemplateur d’icônes, nous devons apprendre à nous concentrer sur ce qui compte, ce qui sert, ce qui est précieux !     

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AdventC-02-DeuxièmeDimanche - LeJeûneDes
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Tenez-vous sur vos gardes

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeC - I Advent (Lc 21, 25-28; 34-36)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

              “Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les soucis de la vie”

       

         Sur les ruines du désastre national d’Israël, en pleine désolation d’exil, alors que la ville est détruite et les gens épuisés par la faim, Jérémie dirige son attention vers ce tout petit détail qu’est un bourgeon qui a germé - de manière surprenante - parmi les décombres: “… en ce temps-là, je ferai germer pour David un germe de justice”(Jér 33, 15). Il est bien vrai que les temps sont difficiles, mais il y a un principe de justice qui nous revient comme un germe. Ça bouge! Toute la justice de la terre est contenue en ce “germe”!

 

         Pour les chrétiens, il s’agit du Christ. De fait, aujourd’hui une nouvelle année liturgique commence, une nouvelle considération de sa personne et de son message. “Adventus” signifie “venue”, ce qui implique le sens de l’attente. De quelle manière? Ce n’est pas la même chose de passer une journée sans attendre personne, ou en sachant qu’à tout instant une charmante visite peut se proposer. Une demi-heure d’attente dans une salle médicale peut sembler une éternité, les gens deviennent nerveux. Ce n’est pas bien d’attendre de cette façon.

 

         Quand le matin nous sommes pris par l’ennui, on s’attend à ce que la soirée soit belle. Le soir venu, l’esprit nous renvoie au souci des tâches à accomplir le lendemain. Il pleut, et nous boudons le soleil. Le soleil vient, et on regrette la pluie. En été, nous avons envie de l’hiver, et en hiver, de l’été. S’il y a une fête, nous y allons avec enthousiasme, mais après, au milieu de tant de gens, comme rien ne se passe et nous ne rencontrons personne, nous nous en allons déçus. Ce type d’attente, cet excès d’attentes, ne satisfait pas! Ce n’est pas comme ça qu’on attend le Seigneur! 

 

         De même, une personne peut passer des années à attendre l’amour, mais quand l’amour sera venu, et il n’y aura plus rien à attendre, il semblera déjà une chose passée, expirée. La jeune fille pense que demain sera heureux par le baiser d’un prince. La demoiselle pense que demain sera heureux parce qu’il y aura quelqu’un qui l’attend à l’autel. La femme mariée pense que demain sera heureux parce que un divorce va lui rendre sa liberté de jeune fille. C’est le dépit du bonheur: dans le moment où on semblerait l’avoir atteint, il glisse toujours plus loin. Quelque chose nous pousse vers un événement ou une rencontre qui devrait se produire, mais que la vie contredit ponctuellement. Si les sentiments sont ceux-ci, il faut juste qu’on finisse par attendre les malaises, les maladies et la mort, mais … est-ce que c’est l’amour qui est faux, ou c’est l’attente qui a été faussée? Je me suis trompée de mari, ou je me suis trompée de ménage?

 

         La Liturgie de l’Avent nous demande de porter une grande attention à notre “paysage interne”, autant dévasté qu’il soit. Laissons-nous impressionner par ce petit germe de justice, plus que par les désastres qui s’y sont produits! Les accidents de la vie, loin de nous entraîner dans un cercle de désespoir ou d’humour noir, nous invitent à une meilleure sobriété. Comme des braves adolescents conscients, lancés à la conquête d’un statut de maturité, apprenons à ne pas trop demander, et à éduquer notre désir, pour atteindre notre but: pouvoir rencontrerle Seigneur, le jour de la décision!

 

         Ce qu’on appelle “la fin du monde”, ou “jour du jugement”, qui sera également notre “fin personnelle”, correspond au jour de “sa venue”. À la fin de notre vie, si nous avons cru en lui, sur cette porte qui se trouve tout au fond, il n’apparaîtra pas le mot: “Exit”, mais: “Entry”. “Sa venue” marque l’entrée dans la vie pleine, celle que nous avions souhaitée depuis longtemps!    

 

Amen

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Huile, farine et Foi

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

AnnéeB - XXXII Ordinaire(Mc 12, 38-44)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “Cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence: elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout cequ’elle avait pour vivre”

 

         La première lecture raconte l’épisode qui ouvre le cycle d’Elie, le premier des grands prophètes, qui a vécu dans le IX siècle av. J.C,en un temps de grande famine. Le Seigneur l’envoya à Sarepta de Sidon, ville phénicienne, en plein territoire païen. Le prophète parvint aux portes de la ville et constata la grave situation de pauvreté d’une veuve. Il lui demanda de l’eau et du pain. Elle objecta n’avoir plus qu’un peu de farine et d’huile pour survivre, elle et son fils. Elie lui demanda de lui en faire une galette, en l’assurant que la petite réserve ne s’épuiserait pas jusqu’aux prochaines pluies. La femme, faisant confiance à un Dieu qu’elle ne connaissait pas, et dont un prophète étrangerse portaitgarant, n’hésita pas, etau risque de sa vie partagea pour trois ce qu’il restait pour deux. Tout le contraire d’une opération commerciale, où l’on offre“trois au prix de deux”. Ce faisant, la pauvre femme sauva sa vie, celle de son fils, et celle d’un homme de Dieu. 

 

         En prêchant à Nazareth, parmi ses compatriotes qui l’accueillirent avec mauvaise humeur, Jésus ressortit cette ancienne histoire de la veuve de Sarepta, qui eut lieu huit cents ans auparavant, en leur disant que Dieu envoie égalementses prophètes aux païens, qui parfois s’avèrent bien meilleurs que les fils d’Israël. Ses compatriotes en furent tellement contrariés qu’ils essayèrent de le tuer.

     

         La simple et généreuse hospitalité de la veuve de Sarepta, se répète aujourd’hui dans le geste secret de la veuve de l’Évangile. Cette fois, les adversaires de Jésus sont les Scribes, ceux qui enseignent la Loi, qui s’estiment être des guides éminents du peuple, mais dont le comportement est tout à fait répréhensible. Jésus leur reproche leur absence de scrupules et leur fausse religion: “Ils dévorent les biens des veuveset, pour l’apparence, ils font de longues prières”. Les veuves et les orphelins constituaient la catégorie socialela plus faible de toutes. Dans les langues anciennes, le terme “veuf” n’existait même pas. La femme était intégrée dans la société à travers son mari, raison pour laquelle “perdre un mari” voulait aussi dire perdre tout droit et tout soutien. Quand un homme mourait, le premier chacal qui se présentait pouvait bien accaparer les biens de sa maison sous n’importe quel prétexte, par le moyen des instruments légaux de l’époque. Les spécialistes de ce type d’opérations étaient vraiment ces gens qui faisaient montre d’une grande religiosité.

 

         L’épisode de l’obole de la veuve se passe dans l’entrée du Temple de Jérusalem, où même les femmes pouvaient entrer (quand il s’agir d’encaisser, tous peuvent entrer). Le flux des offrandes était si abondant que cela faisait du Temple de Jérusalem une vraie capitale financière de l’Antiquité, au point qu’une fois Pilate, par manque de ressources pour construire l’aqueduc, les confisqua au trésor du Temple. Jésus attire l’attention des disciples sur cette pauvre femme, en déclarant qu’elle a donné plus que les autres, parce qu’elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Les autres, guidés par leur orgueil et leur vanité, donnaient leur superflu, alors qu’elle offrait à Dieu son unique moyen de survivre, sans se faire remarquer.Celui qui fait le bien pour être loué et reconnu, en acquérant des mérites devant les hommes, les perd devant Dieu. De même, les soi-disant “bienfaiteurs”qui passaient au milieu des places publiques, étant donné que la place s’est médiatisée, vont à la télé pour se faire sponsoriser au travers des bonnes actions qu’ils prétendent accomplir. 

 

         Quant à nous, un éloge nous excite, autant qu’une petite critique nous déprime. Nous sommes comme des “adolescents perpétuels”et avons toujours besoin de la considération d’autrui. Mais le bien béni par Dieu exige un coeur détaché, généreux, humble! La veuve de Sarepta mérita d’héberger un prophète de la stature d’un Elie. Pas besoin de grands moyens: un peu d’huile, de farine et de foi suffisent!

Amen

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Le grand commandement

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année B - XXX Ordinaire (Mc 12,28b-3)

par André De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis

         “ ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieude tout ton cœur, de toute ton âme,de tout ton esprit et de toute ta force’. Et voici le second [commandement] :‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’.Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là’ ”

      

         Le plus grand “commandement”est celui de l’amour, mais si on y réfléchissait en profondeur, l’amour est-il un “commandement ?” Est-ce qu’on peut “commander” à l’amour ? L’amour ne consiste-il pas en un enchantement spontané plein de désir, bonheur, délicatesse, courtoisie ? L’amour n’habite-t-il pas des lieux fleuris et parfumés, comme disent les poètes ? Quel rapport avec un “commandement”, là-dedans ? 

 

         Et encore : qu’est-ce qu’il vaut mieux, “la loi de l’amour”, comme l’Évangile nous le demande, ou “l’amour de la Loi”, comme des fervents religieux observants voudraient imposer ? En effet, si hier on travaillait beaucoup avec l’idée du devoir, de la morale et du châtiment divin, la notion actuelle de l’amour est devenue assez floue, on pourrait faire n’importe quoi, et dire que“c’est de l’amour”.

 

         Selon les paroles de Jésus, la “loi de l’amour” ressemble beaucoup à la “règle d’or” que les hommes ont conçu en tout lieu et en tout temps : “ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’il soit fait à toi même”. De manière évangélique : “aime ton prochain comme toi-même”. Jésus nous place devant un miroir qui s’appelle : moi-même, face auquel on ne peut pas se mentir ! Si j’ai un bouton sur le nez, je peux bien utiliser une crème pour le cacher aux autres, mais mon miroir ne se trompe pas, il sait bien que ce bouton est là, il me le montre, forcément !

 

         Aimer son prochain “comme soi-même” est bien difficile, parce qu’il suppose un amour de soi qui soit “sain”,et en fait, nous qui sommes des adultes, nous sommes comme des adolescents qui ne sont pas tout à fait disposés à accepter leurs boutons, nos limites. Nous nous détestons pour notre aspect physique comme pour des actions ou des erreurs que nous avons fait par le passé. Nous ne réussissons pas à nous pardonner nous-mêmes, quand Dieu lui-même nous a déjà bien pardonné. Nous ne savons pas nous aimer de façon juste, et cela se transforme en agressivité envers les autres. Chaque fois qu’il y a un acte violent, la raison de cet acte est dans un manque d’estime de soi même. Le séisme de la violence a son centre de gravité en un manque d’amour, de la part du violent. 

 

         Même discours en ce qui concerne la reconnaissance de l’embryon, c’est à dire son “statut d’être humain”. Il y a cinquante-huit ans, “j’étais un embryon, et si tu me touches, tu me fais du mal, donc ne me touche pas”. En vertu de la règle d’or, la Loi publique devrait pouvoir dire : “ne touchez pas l’embryon”. Toutefois, il y a quelque décennie, la Cour de Justice Européenne a interdit le brevet et l’usage expérimental ou commercial des embryons humains. Souci humanitaire ? Pas du tout : le simple fait de pouvoir congeler des embryons pour pouvoir les utiliser même après la mort des parents biologiques, pose des problèmes énormes, insurmontables, du point de vue juridique, financier et patrimonial.  

 

         Un dicton de saint Augustin est très célèbre : “aime, et fais ce que tu veux”. Une phrase qui se retrouve un peu partout, superficiellement, même dans les magazines féminins. Tous sont d’accord à la signer, comme si c’était un laissez-passer pour tout se permettre, tant qu’il y a de l’amour. 

 

         Un acteur porno ou une star du porno, par exemple, diront que leur travail se justifie bien pour “aider”des personnes à la libido devenue moche, éteinte. Ce monde est bien étrange : si au marché on nous présente un vin frelaté, tous crient au scandale et veulent leur argent en retour, et en même temps nous avons accepté, pour nous et pour nos jeunes, toute adultération de l’amour. Il y a des perversions de l’amour que l’on fait passer avec l’étiquette de l’amour, et nous ne disons rien. 

 

         En réalité, saint Augustin sous-entendait toute autre chose. C’est lui-même qui nous en explique le sens.Il y a des moments dans lesquels il est impossible de savoir quelle est la chose juste à faire : parler, ou se taire ? Si je parle, je risque de perdre la relation avec le frère. Si je me tais, de même. Corriger une personne, ou laisser passer ? Voilà une règle que vaut bien dans les deux cas : “aime, et fais ce que tu veux”. Si tu parles, tu parles par amour. Si tu te tais, tu te tais par amour. C’est bien simple, non ?

 

         En vérité, ça prend“peu”pour adultérer et ruiner l’amour, c’est pour ça qu’il doit être offert “tout”,à Dieu : cœur, âme, esprit, force !         Alors on peut bien “commander” à l’amour, même plus : “on doit” commander à l’amour, sinon il devient toute autre chose !

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QUE JE RETROUVE LA VUE

Réflexion sur l’Évangile du dimanche et des Fêtes

Année B - XXX Ordinaire (Mc 10, 46-52)

par Andrea De Vico, prêtre - correction française: merci à mes amis    

 

 

         “Jésus lui dit: ‘Que veux-tu que je fasse pour toi?’ L’aveugle lui dit: ‘Rabbouni, que je retrouve la vue! Et Jésus lui dit:‘Va, ta foi t’a sauvé” 

      

         La cécité de Bartimée est la métaphore d’une cécité bien plus grave, celle de l’esprit. Une personne en bonne forme physique peut avoir l’œil d’un faucon, mais s’il perd la foi en Dieu (ou la bien plus laïque confiance en l’Autre), il “perd la vue”, ils’investit mal, il plonge dans un véritable chaos existentiel. Dante Alighieri, Poèteimmense, “au milieu du chemin de notre vie” se retrouva “dans une forêt obscure, comme le droit chemin s’était perdu …” Il devait s’agir d’une crise morale, quelque chose dont il ne rapporta pas les détails, par pudeur. En cette circonstance, le poète trouva deux guides qui l’ont aidé à sortir de son pétrin: Virgile, qui l’accompagne “à travers ce lieu éternel, tout plein de cris de désespoir, poussés par d’anciens esprits douloureux…” et Béatrice, qu’il a rencontré très jeune, puis morte en son jeuneâge, mais qui, à présent, l’accompagne “au peuple béni”, en devenant l’incarnation de la philosophie, de la foi, de la grâce. Sans ces deux guides-là, la récupération personnelle de Dante n’aurait jamais été possible. Personne ne peut se racheter lui tout seul.

 

         Si nous n’avions qu’une seule petite partie du génie dantesque, chacun de nous pourrait écrire sa “Comédie” personnelle. Avec la “crise de moitié de vie”, qui ressemble tellement“au milieu du chemin de notre vie”, nous devons faire face aux promesses brisée et aux désillusions de la jeunesse fugace. La “iuventus” des années vertes doit faire place à la “gravitas”de l’adulte, c’est à dire à la capacité de la personne de s’engager dans des décisions “graves”, réfléchies, sérieuses, qui donnent preuve de maturité. Il y a un prix à payer pour accéder à l’âge adulte. Si ce passage ne se fait pas, si les personnes persévèrent à se comporter comme des jeunes gens, c’est un véritable désastre: combien de regrets et de remaniements de relations qui n’aboutissent jamais à rien! La vie devient une succession d’événements surtout négatifs, sans liens entre eux. La personne ne voit pas le rapport, ne saisit pas l’attache, il lui manque le sens: elle devient aveugle ! 

 

         Les expériences tant vantées et si téméraires du“carpe diem”,non réfléchies, non interprétées, non spiritualisées, finissent par alourdir et peser sur la conscience. En fait, quand une personne n’est pas bien, elle parle d’elle-mêmecomme s’il s’agissait d’un feuilleton dont l’on sait jamais ni le commencement, ni la fin. La personne semble paralysée par son “mal subi”, ou qu’elle dit avoir subi. Cela l’amène chaque soir à faire l’inventaire de tout ce que “les autres” lui ont fait, sans se rendre compte de ce que en réalité“elle-même”a fait subir aux autres.

 

         D’où, la nécessité de réaliser une rencontre avec le Seigneur, afin “qu’il ouvre les yeux”, comme à Bartimée. Cela est possible grâce à un guide, un directeur ou père / mère spirituelle qui sache se mettre à l’écoute, accueillir ce qu’il y a en la personne, l’ouvrir au sens de sa présence au monde, indiquer une direction, un objectif. Le père spirituel adopte le regard sur le Père Céleste, et la personne voit que dans sa vie brisée, en réalité, il existe un fil qui relie toute chose, un “crochet” recherché avec tant de persévérance: l’immense amour d’un Père qui l’aime! Aujourd’hui le mot “directeur” paraît moins accepté, parce qu’il est compris de manière équivoque. “Diriger” semble sous-entendre “forcer”, “limiter” la conscience. Ainsi, préfère-t-on avec plus de douceur parler d’“accompagnement spirituel”. Mais la subtilité est parfaitement inutile, d’une part, car les deux termes sont équivalents (comme “éboueur” et “employé aux services de la voirie”), d’autre part, parce que l’on peut manipuler la conscience d’autrui tout en étant un “accompagnateur spirituel”.

 

         En tout cas, s’aventurer seul - sans une “direction”, comme je l’explique - dans les chemins de l’esprit, signifie prendre de grands risques de tomber dans le désarroi, les déviations, les anomalies. Il est des personnes qui, en interprétant mal leurs “besoins spirituels”, errent ici et là, à la recherche d’expériences fortes, comme des adolescents immatures qui ne sont pas réellement intentionnés de voir résoudre leurs problèmes, et confondent leurs humeurs avec les manifestations de l’Esprit Saint. Ainsi, les personnes qui se veulent vraiment spirituels ne savent pas - et s’elles  le savent, ne le disent pas - si elles le sont réellement. Parler de spiritualité avec la force de l’émotion est en fait la recherche d’un compromis charnel. C’est pourquoi, ceux qui imprudemment adhèrent avec enthousiasme à n’importe quel type de mouvement spirituel ou de prière, tôt ou tard se montrent déçus, amers et peuvent même perdre la foi, à cause des illusions et des tricheries trouvées le long de ce chemin. 

 

         Heureusement ce n’est pas toujours le cas, et toi tu peux sérieusement rencontrer le Seigneur, grâce à une personne avisée, à un directeur patient, ou à un guide spirituel qui t’attendait là au moment où il était nécessaire de faire franchir le passage et de changer d’horizon. Quand tu rencontres le Seigneur à la manière de Bartimée, ta vie change. Les autres feront tout pour l’empêcher. Les autres ne t’appellent que quand ils ont besoin de toi, mais si c’est toi qui as besoin d’eux, personne ne t’entend. Bartimée cherche de l’aide, et les autres le grondent pour qu’il se taise. Ils préfèrent voir sa misère rester cachée, afin de légitimer leur état de tranquillité d’esprit. Mais Bartimée ne s’intéresse à rien de ce qu’ils disent, au contraire: il crie plus fort! C’est pour cela que Jésus le déclare guéri : “ta foi t’a sauvé”. Cela veut dire que la foi et la maladie étaient en couple, et que le début de la guérison, la foi, se situait à l’intérieur de la crise elle-même. La réponse à tes problèmes c’est toi, mais ça, tu ne le vois pas. Il y faudra un autre pour te permettre de t’en sortir.

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